Johnny Favourite : Big bang
Musique

Johnny Favourite : Big bang

Parler avec Johnny Favourite, c’est parler à tous les chanteurs swing de la terre. Faut être rigolo, faire des blagues, se tourner en dérision. Sont tous pareils. Sauf que lui, chose rarissime, il est canadien, un Newfie maintenant basé à Halifax et qui, avec son groupe de douze musiciens, peut résider jusqu’à huit mois au même endroit, comme c’est le cas au Tickle Truck, un des bars de cette ville. Favourite se défend bien d’être nostalgique et il faut le croire sur parole. A écouter leur version big band de Black Dog de Led Zeppelin, ça m’a rappelé la reprise d’Enter Sadman de Metallica par Pat Boone (oui, il est toujours vivant), qu’il s’amusait à désamorcer. Tant qu’à déconner…

Favourite, vingt-neuf ans, y va de ses premiers bobards, à exactement 0:15 secondes du début de notre conversation: «Je me promenais dans la rue, et, bang!, je vois mon visage sur un gros panneau publicitaire. Je me retourne, et, boum!, je me vois à nouveau sur une affiche. Un peu plus loin, ma sour me dit: "Te voilà encore!" Cette fois, c’était mon poster dans la vitrine d’un magasin de disques. Rendu au restaurant, je feuillette le Toronto Sun, et qu’est ce que je vois? Une page pleine, qui invite les lecteurs à participer à un concours. Le gagnant(e) s’envole pour New York afin de nous voir jouer dans un supper club. Je ne savais même pas que nous allions jouer là-bas! Je te le dis: les choses sont devenues totalement hors contrôle.»

Est-ce imputable à l’album Holiday Romance, le deuxième en autant d’années d’existence, enregistré ici même au Studio Morin-Heights, avec la participation du guitariste des Mavericks, Nick Kane? «On a bien aimé le lac, le bateau, la table de pool, la machine à cappuccino, l’alcool, tout!», dit-il, en omettant volontairement les qualités premières du célèbre studio. «J’étais tellement excité, la première journée, que mon nez s’est mis à saigner!» Ou est-ce parce que le groupe signe presque toutes les quinze pièces, sauf celle de Page-Plant et une autre, Bessie Smith, de Robbie Robertson et Rick Danko? C’est, en tout cas, sûrement en partie à cause du côté pince-sans-rire de son leader.

Dans son édition du mois d’août, le magazine Jazziz proposait un numéro spécial sur le retour de la musique swing avec une couverture au titre galvanisant: Rebirth of a Revolution. On y répertorie les meilleurs groupes du moment, tels les Royal Crown Revue, Big Bad Voodoo Daddy, Bill Elliott Swing Orchestra, mais aussi une suite de prétendants moins connus tels les Blue Jumpers, Steve Lucky and the Rumba Bums et tiens, celui-là, juste à cause de son nom: Lavay Smith and the Red Hot Skillet Lickers. Une pleine page de publicité annonce le nouveau disque de Brian Setzer, The Dirty Boogie. Rien sur Favourite, pourtant bien dans le coup. Sur chacune des photos de groupe, un grand sourire ou un chapeau Fedora et, immanquablement, le costard bien repassé de circonstance. Bien sûr, l’automobile (incontournable symbole du boom industriel de l’époque) fait partie du jargon, en bon symbole américain qu’elle est. C’est le retour de Mr. Lucky. Du sourire Pepsodent. Le cri de ralliement? Go, Daddy, Go! La troisième guerre mondiale serait-elle imminente?y

Le 22 octobre
Au Cabaret