Musique

  : Le feu au cul

Ma plus belle soirée de la semaine, et sans hésitation aucune, je l’ai passée mercredi dernier, à la Cinquième salle de la Place des Arts, en compagnie du groupe montréalais Too Many Cooks, qui en profitait pour lancer son cinquième album, intitulé Hungry?. Cette fois, c’est vrai: TMC est vraiment de retour et, ce qui ne gâche vraiment rien, dans une forme resplendissante.

En fait, je ne me souviens plus de la dernière fois où j’ai vu le groupe aussi bon. Richard D’Anjou, le chanteur, avait le feu au cul. Toujours aussi à l’aise sur les planches, D’Anjou est certainement l’un des meilleurs chanteurs québécois actuellement en activité. Dan Georgesco, le guitariste, a rarement été aussi souriant sur une scène. Visiblement, les gars étaient heureux de se retrouver là, avec leurs fans patients, et une Loulou Hughes, en choriste invitée, elle aussi complètement déchaînée.

Cette excellente soirée de rock a vu défiler plusieurs succès du groupe: Rita, Believe Me Sister, Buy Me a Girl, le récent Raise Your Glass, et plusieurs autres chansons, jouées avec une foi renouvelée et un enthousiasme comme il s’en fait peu. S’il y avait plus de soirées comme celle-là, je renouvellerais immédiatement mon abonnement au club des indéfectibles du rock. Parce que, ce soir-là, les Cooks semblaient incarner tout le rock, des années 60 à aujourd’hui, des Rolling Stones aux Red Hot Chili Peppers.

En fait, si tous les shows de Too Many Cooks s’étaient déroulés de cette façon, le groupe serait certainement rendu beaucoup plus loin aujourd’hui. On a déjà hâte de les revoir, dans un vrai club cette fois, ils sont tellement plus dans leur élément. Mais, si le spectacle de mercredi dernier est garant de la suite, on va passer un bel hiver avec les Cooks…

***

Tout de suite après, je suis allé voir Digital Noise Addict, aux Foufounes électriques. DNA, c’est un groupe montréalais, dirigé par le claviériste-programmateur Sylvain Milot, qui donne dans une musique techno-industrielle lourde, qui n’est pas sans rappeler le métal, avec la présence d’un guitariste ne donnant pas souvent dans la fine dentelle. Lourde, la musique, mais diablement efficace.

Je ne vous en parle pas trop parce que la prochaine fois que le groupe sera sur une scène montréalaise, il risque d’être bien différent: nouveau chanteur, ajout d’un batteur (Alain Vadeboncour de GrimSkunk), etc. Ce que je vous dirais aujourd’hui ne serait donc fort probablement plus valable dans quelques semaines ou quelques mois. Mais retenez bien ce nom: nous allons en reparler, c’est bien évident.

***

Vendredi soir, direction Cabaret, pour aller voir le nouveau show de la nouvelle France D’Amour, moins rockeuse, plus chanteuse, moins énergique, plus introspective. Honnêtement, je suis sorti du Cabaret très déçu. On dit souvent que le deuxième soir d’une série de trois est le plus difficile: on en a eu une preuve vivante vendredi. J’ai dû voir France D’Amour en spectacle pas loin d’une dizaine de fois, et je ne l’ai jamais entendue fausser comme vendredi. Sans vouloir lui trouver une excuse, elle aurait été malade que ça ne m’étonnerait pas deux secondes.

Je suis loin d’être convaincu que cette formule minimaliste (elle joue de la guitare, accompagnée par Jason Lang à la guitare et Magella Cormier à la batterie) lui convienne bien. Ce dépouillement montre avec une évidence extrême la simplicité de ses musiques et de ses textes. Elle n’a malheureusement plus le mur de son qu’elle érigeait autrefois pour masquer ses faiblesses.

Étonnant aussi à quel point, dans ses interventions pour présenter ses chansons, France D’Amour fonctionne presque uniquement par dénigrement. A ses yeux, personne ne trouve grâce: les Français, par exemple, ne se lavent pas et ont un bizarre d’accent. Selon elle, tous les gars vont aux danseuses tous les soirs lorsqu’ils ne sont pas écrasés devant la télé avec la télécommande d’une main et une bière de l’autre.
Ajoutez à ça une France D’Amour qui n’a visiblement plus envie de chanter ses anciens succès, une version rap du Plus beau voyage de Claude Gauthier, alors que la chanteuse n’a vraisemblablement pas le rap bien en bouche; et une batterie électronique qui n’est pas sans rappeler les sonorités dignes des heures de gloire du new wave du début des années 80. C’est dire à quel point nous sommes loin d’être à la fine pointe de la technologie…

Le virage qu’entreprend France D’Amour est audacieux, j’en conviens aisément. Comme chanteuse, la fille a un talent certain que je lui ai toujours reconnu. Comme j’ai toujours eu de la difficulté à la qualifier d’auteure-compositrice de talent. Jusqu’ici, le changement de son et d’image (j’ai l’impression qu’on ne la reverra pas en jeans de sitôt…) ne change rien à cette situation.