

Radio Tarifa : L’Ibère et le trésor
Claude Côté
Photo : javier salas
Le Cap Tarifa est situé aux confins sud de l’Espagne. L’extrême pointe, tout au bout de la péninsule ibérique, l’ultime lopin de terre avant la Méditerranée, à quelques coups de rame du Maroc. La culture andalouse qui prévaut des deux côtés de la mer, combinée à celle propre aux gitans d’Espagne, est la base même de la musique de Radio Tarifa. Mais ce n’est pas tout. S’il faut remonter jusqu’au treizième siècle pour retrouver les sources musicales du groupe, celui-ci est également influencé par toutes sortes de musiques traditionnelles: grecque, égyptienne, byzantine. Sans oublier les omniprésentes origines sépharadiques et flamenco qui circulent tout au long de Temporal, le second compact du groupe.
On pourrait rester ébaubi devant les nombreux qualificatifs qu’englobe ce métissage unique, gracieuseté des deux fondateurs, le multi-instrumentiste Fain S. Duenas et le percussionniste Vincent Molino. N’en demeure pas moins qu’une écoute attentive de Temporal est probablement la seule chose qui puisse défier toute comparaison. Juste pour vous donner une idée, rappelez-vous le sextet de Paco de Lucia, avec ses percussionnistes, la voix rocailleuse de son chanteur, les points de chute sans merci dans le rythme, et surtout, la profonde douleur évoquée dans les chansons. Comme le faisait le Pakistanais Nusrat Fateh Ali Khan: à la limite de la transe. Au-delà de la riche composition en instruments anciens, Radio Tarifa livre de l’émotion. Beaucoup d’émotion.
Joint à Mardrid, c’est entre deux répétitions, que Vincent Molino a bien voulu nous livrer le fond de sa pensée: «Je fais cette musique par instinct. Cela fait dix ans qu’on se connaît, Fain et moi, et nous avons toujours été attiré par les musiques traditionnelles. C’est un peu une intreprétation créatrice de ces musiques que nous proposons, ainsi qu’une récupération de tous les arrangements harmoniques reliés à ces musiques. Ce qu’on fait beaucoup, ce sont des collages musicaux. Au treizième siècle, c’était le début de la polyphonie, et la naissance de la musique sépharade. Mais pour Radio Tarifa, il est nécessaire d’avoir un rapprochement avec le monde arabe, plus particulièrement celui du Maghreb, plus proche de nous que, disons, le monde oriental», de confier le Français.
Temporal est, je le mentionnais plus haut, le deuxième album du groupe. En 1993, le premier disque de Radio Tarifa, intitulé Rumba Agelina, moins porté sur le flamenco que le dernier, allait donner le ton et, dans toutes ses contradictions, faire la part belle aux musiques du monde: «La Méditerranée, dans son ensemble, c’est quelque chose qui a une unité. Il y a une base de musique traditionnelle qui se développe suivant ses types d’arrangements. Ça a toujours existé, sauf que ce n’était pas grand public. Ce qu’on connaissait de l’Espagne, c’est le flamenco, alors qu’en fait, la richesse musicale de ce pays, c’est bien plus que cela», de rajouter Molino.
La diversité musicale de Radio Tarifa est un mélange intoxicant: envolées vertigineuses du oud et des tablas, claquements diaboliques des mains, utilisation récurrente du bouzouki, du derbuka, du tar, du pandero, du ney (la seule flûte du monde arabe), et de manière plus parcimonieuse, de l’accordéon, de l’orgue, du saxophone soprano, etc. De son lieu géographique, Radio Tarifa envoie un signal très puissant, une voix claironnante: «On ne pensait vraiment pas vendre autant de disques. C’est une musique faite pour danser, ce qui, en comparaison avec les concerts (huit musiciens sur scène), rend le disque plus intime.»
Le 26 octobre
Au Spectrum