54-40 : Virage en douceur
Musique

54-40 : Virage en douceur

Avec Since When, leur huitième album en carrière, les gars de 54-40, jadis un des groupes rock canadiens les plus intéressants, prennent tout un virage. Cette fois, le groupe dirigé par Neil Osbourne se tourne vers un country-folk très canadian, qui n’est pas sans rappeler les premiers disques de Neil Young ou ceux de Blue Rodeo, avec l’omniprésence des instruments acoustiques, mais aussi d’harmonies vocales et de chansons plutôt intimistes. On est loin, très loin des hymnes glorieux à la U2, par exemple.

Cela dit, avec tout le renouveau folk (d’Elliott Smith à Lucinda Williams, en passant par Ron Sexsmith et de multiples autres) qui s’installe, 54-40 n’est pas seul dans cet univers. «Effectivement, confirme Brad, le bassiste. Sans nécessairement nous identifier à tous ces gens, on peut dire que nous sommes désormais dans cette famille de musiciens ou de groupes. Quant à l’appellation canadian, je crois que des gens comme toi et moi sommes au courant de cette familiarité de sons entre Joni Mitchell, Blue Rodeo, Bruce Cockburn et Neil Young, par exemple. Le grand public n’a peut-être jamais fait le rapprochement consciemment, mais, chose certaine, il le fait inconsciemment, puisque beaucoup d’artistes canadiens ont du succès ici avant d’en connaître ailleurs. Il doit bien y avoir une raison à cela…»

Inutile de chercher cette raison. Mais, là aussi, le Québec s’affirme comme une société distincte puisque la plupart des groupes canadiens (si l’on excepte la nouvelle génération des Moist, Tea Party, I Mother Earth ou Our Lady Peace) ont toujours eu de la difficulté à percer le marché québécois. «Honnêtement, c’est vrai que cette difficulté existe et a toujours existé. Mais, pour nous, jouer devant mille personnes ou devant deux cent cinquante, ça ne fait pas de différence. Nous sommes prêts à jouer partout où l’on voudra bien de nous. Par exemple, ça fait quatre fois, au cours des cinq dernières années, que nous allons en Angleterre. Nous jouons dans de petites salles, nous n’y faisons pas d’argent, mais nous assurons le suivi de la parution de nos disques. Nous avons fini par considérer ça comme des vacances de travail.»

Si Since When regarde le folk droit dans les yeux, ça veut dire aussi que le groupe a dû modifier sa façon de travailler. Cet album, par exemple, a été enregistré sur une vieille console analogique et le mixage s’est fait à main sans l’aide de toutes les technologies modernes. «Mais cela veut aussi dire que nous avons changé notre façon de jouer, enchaîne Brad. Pas une seule fois sur Since When je n’ai joué avec un pick. Toujours avec mes doigts. Et nous avons aussi cherché une plus grande simplicité, ce qui est parfois assez ardu. On ne parle jamais assez de ça. Si, auparavant, dans une chanson, je pouvais jouer, je ne sais pas, huit ou seize notes, cette fois, je me suis limité le plus possible. Ce qui fait que je me dois d’être des plus précis. Je ne peux pas jouer le peu de notes que j’ai à jouer un peu avant ou un peu après. Tout doit être de plus en plus juste, clair et net.» Pour ceux qui vont assister au spectacle, rappelons qu’un tirage au sort fera en sorte que l’un de vous pourra monter sur scène avec 54-40 pour interpréter une de leurs chansons. Je vous le dis tout de suite: il n’est pas question que ce soit moi.

Le 31 octobre
Au Café Campus