

Garbage : Matière recyclée
Parazelli Éric
Lorsqu’il s’agit de critiquer des disques, le journaliste musical voulant être up to date en parlant des nouveautés dès qu’elles sont sur le marché n’aura pas toujours le temps de prendre le recul que nécessitent certains albums. Vous savez, ce genre de production tellement bien réalisée que vous avez l’impression que les sons se matérialisent dans votre salon. Et qui vous jette de la poudre aux yeux en vous faisant croire que si c’est techniquement parfait, c’est certainement un très bon disque… Sauf qu’après quelques écoutes, l’enthousiasme du début laisse parfois place à un certain ennui. Celui de n’être finalement qu’en face d’un disque au vernis tellement étincelant que, lorsqu’on gratte un peu, on découvre très rapidement la vieille couche aux couleurs de l’époque. Le dernier disque de Garbage s’intitule Version 2.0, et ce n’est pas pour rien…
D’ailleurs, le guitariste Steve Marker, joint en tournée à Atlanta, semble déjà sur le chemin du successeur de Version 2.0: «Je crois que nous allons changer beaucoup plus sur le prochain disque. On aura la liberté de le faire davantage après un album comme celui-ci. Par exemple, on a intégré des cordes sur quelques pièces, et j’imagine très bien une chanson complète arrangée de cette façon. Ou bien y aller à fond avec les guitares… On ira sûrement plus dans les extrêmes. L’expérimentation, chez Garbage, réside plus dans les idées musicales que dans l’exécution physique sur les instruments. On n’est pas un jam band qui improvise des solos à n’en plus finir. Notre but ultime, c’est de faire la meilleure chanson pop possible.»
Dans cette optique, Version 2.0 est tout à fait réussi, mais en attendant, qu’est-ce qui a vraiment changé depuis le premier album en 1995? «Pour le premier album, on n’avait pas une idée précise du son qu’on voulait avoir. On venait de rencontrer Shirley, et on a beaucoup expérimenté, ne sachant pas trop ce que ça allait donner. Alors que pour celui-ci, on a eu deux ans de tournée intensive à travers le monde et ça nous a tous beaucoup rapprochés; amicalement et musicalement. On était donc beaucoup plus confiants en entrant en studio.»
Une qui a acquis une confiance à toute épreuve, c’est la chanteuse Shirley Manson qui est devenue (à force de clips, de photos dans les magazines et d’apparitions télévisées remarquées) une véritable icône du rock sombre et sexy. De plus, fait nouveau, elle a écrit la presque totalité des textes de Version 2.0: «Elle n’a plus peur de proposer des idées un peu bizarres, raconte Marker. Au début, elle était embarrassée si ce qu’elle apportait s’avérait une mauvaise idée… Et il faut dire qu’elle a su très bien s’adapter à toute l’attention médiatique que notre succès a entraînée et à la pression qui peut en découler. Toute l’attention qu’elle suscite nous enlève du stress à nous qui sommes derrière. Et c’est très bien comme ça… Je crois qu’on l’a aussi aidée en ne prenant pas toujours au sérieux ce que les médias disaient. Ça nous permettait de rester les pieds sur terre.»
«Le fait que les pièces de Version 2.0 soient à peu près impossibles à recréer telles quelles, en spectacle, nous permet en quelque sorte de les réinventer, ce qui est très stimulant. Elles ne sont pas complètement différentes, mais quelques-unes, comme Queer, par exemple, ressemblent davantage à un remix dance. Ce genre d’évolution continuelle nous maintient en vie.» Et maintiendra notre intérêt par la même occasion…
Le 5 novembre
Au Métropolis