Musique

  : Gaspoésie

Notre Gaspésien favori, Kevin Parent, était au Spectrum vendredi et samedi, avant de réinvestir le même lieu les 29 et 30 octobre. J’y suis allé le deuxième soir, avec une foule absolument délirante, qui n’en pouvait plus de voir son héros en chair et en os, enfin sur scène.

Kevin a amorcé son spectacle tout doucement, avec six chansons tranquilles consécutives. Drôle de début, mais qui a toute sa valeur puisque le show ne fait que monter en puissance et en volume. A cet égard, la deuxième partie de son spectacle était électrique à souhait, Kevin jouant de la guitare électrique comme jamais il ne l’avait fait auparavant.

Cela ne fait pas qu’un bon show. Ça en fait un bien meilleur que le premier du Gaspésien alors que le poids de la découverte influençait largement notre opinion. Cette fois, plus d’effet de surprise: s’il veut qu’on l’aime, Kevin se doit d’être à la hauteur. Et samedi, il l’a été, sans la moindre hésitation. Même si les éclairages, conçus sans aucune imagination, ne l’ont pas aidé une seule seconde.

Depuis la parution de Pigeon d’argile, son premier album, Parent en a fait des shows, et ça paraît. Il sait désormais jusqu’où il peut se laisser du lousse. Il sait jusqu’où il peut aller sans se casser la gueule. Il sait ce qu’il doit maîtriser parfaitement pour que ça passe. Ça donne un joyeux mélange d’efficacité et de laisser-aller, dans une ambiance de fête où l’orchestre s’amuse autant que les invités.
Pour peu, si on avait le temps, on y retournerait presque ce week-end…

***

Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai vu le grand Plume Latraverse sur une scène depuis ce fameux soir de 1977 au Gesù. Il va falloir en ajouter une puisque j’y suis encore retourné, et toujours avec plaisir, vendredi dernier, au Club Soda, alors que Plume nous présentait son nouvel album, Mixed Grill.

Après une première partie un peu décevante (lui qui a longtemps possédé le grand art du pacing, il semblait l’avoir perdu à ce moment-là…), on a retrouvé, en deuxième partie, le grand Plume que l’on connaissait: drôle et touchant, impliqué sans avoir l’air d’y toucher, proche des gens et complètement à part, sévère critique de la société et véritable observateur des petites choses de la vie, dans un enchaînement sans peur et sans reproche; bref, impeccable.

S’il s’est concentré sur ses dernières créations, il nous a aussi servi quelques-uns de ses meilleurs plats, qui ont fait son succès au cours de sa longue carrière. Il est en supplémentaire, le 28 novembre, toujours au Club Soda. Ce serait bête de ne pas y aller.

***

Les Français de Air étaient au Spectrum, mercredi dernier, histoire de nous présenter la version concert de leur premier album, Moon Safari. Il serait facile de résumer la situation en disant que le duo est le Pink Floyd du pauvre. Facile et faux. Pauvre, Air l’est volontairement. Il ne cherche ni à se gonfler aux stéroïdes quadraphoniques ni à envoyer des cochons dans les airs.

La recherche d’Air se situe uniquement dans les expériences musicales: on ressort de vieux claviers analogiques, on tente de recréer des atmosphères psychédéliques, on passe les voix dans toutes sortes de machines, histoire de les rendre méconnaissables, etc. Chez Air, on ne donne pas dans un genre musical. On cherche d’abord et avant tout une ambiance différente, inédite en ces années 90.

Bien sûr, par moments, Air regarde peut-être un peu trop obstinément dans le rétroviseur et pas suffisamment devant lui. On est plus souvent dans le rétro que dans le futur. Mais, au moins, on tente des expériences, ce que bien peu de groupes aujourd’hui osent faire et, qui plus est, devant public.

Normalement, on monte sur scène avec un spectacle rodé au quart de tour, sachant très bien qui fait quoi et exactement quand.

Avec Air, on a l’impression que la formule est loin d’être prête et que le groupe tente encore de trouver la meilleure façon de faire les choses. Et ça, moi, ça me plaît. J’aime assister à ces laboratoires musicaux. J’aime que l’on me surprenne en interprétant l’air de Bilitis de Francis Lai. J’aime que l’on joue des petits bouts de Funkytown et de Tomorrow Never Knows des Beatles. J’aime qu’un groupe déjoue sa propre image et fasse une version de Kelly Watch the Stars avec une finale qui peut presque rappeler Jon Spencer Blues Explosion.

En fait, j’aime que l’on me surprenne. Et ça, Air l’a non seulement réussi, mais il l’a complètement assumé.