Musique

Miossec : L’ivre mord

Dans un moment de lucidité, Christophe Miossec s’est un jour décrit comme «une grande gueule terrible ou un timide introverti», c’est au choix. Ceux qui ont eu la chance de voir le chanteur brestois à Montréal, lors de son passage aux FrancoFolies, se souviennent plutôt d’une forte tête qui utilisait son pied de micro comme instrument de percussion et qui haranguait la foule pour un oui ou pour un non. Ce trentenaire à la gueule de boxeur, improbable artisan d’une nouvelle forme de chanson, arrivait avec des musiques acoustiques qui cognaient comme du rock, et des mots aussi doux que du papier de verre. Le spectacle était brouillon, soit, mais le type avait une présence incroyable.

Mais pour l’heure, l’ami Christophe est plutôt absent. Quatre heures après le moment prévu pour l’interview, il est enfin au bout du fil, mais pas vraiment en état de répondre. De son hôtel parisien, l’homme du Finistère nous accordera un entretien confus, plus près du timide introverti que de la grande gueule terrible. Entre deux grognements, il s’en prendra aux «major compagnies» et aux pantins souriants de la variété française. On ne voudrait pas être mauvaise langue, mais ce n’est pas pour rien que son premier disque s’appelait Boire.

En France, Miossec vient tout juste de lancer son troisième album, intitulé A prendre, mais malheureusement pour nous, c’est Baiser, son album précédent, qui vient d’être lancé ici. Informé de la situation, l’homme se renfrogne. «C’est ridicule, non? C’est chiant, parce qu’en plus, c’est un album que je n’ai pas envie de défendre. C’est un disque qui a été fait il y a deux ans, et on en a vendu 140 000 exemplaires en France et peut-être 353 chez vous… Je suis vachement content de venir au Québec mais, au fond, y a pas de raison.»
Quoi? Pas envie de le défendre? M’enfin, Christophe! Baiser, c’est pas rien; musicalement, ça représente quand même toute une évolution par rapport à Boire, non? Plus musical, plus mélodique, c’est le triomphe de Miossec-le-groupe sur Miossec-le-chanteur, l’avènement d’une écriture véritablement musicale! «Non, il est pas très bon. Bof, y’a bien trois ou quatre chansons qui me plaisent, mais. C’est vachement naïf comme musique; tu sais, commencer à écrire des chansons à trente ans, c’est un peu couillon.»
N’empêche, d’après ce qu’on a pu entendre du dernier disque, la plume de Miossec, ex-journaliste reconverti en auteur de chansons, ne s’est pas tarie. Grâce à quelques extraits glanés sur Internet (http://www.mygale.org/10/miossec/pirate.html), on a même pu constater que la musique prend de l’ampleur et s’éloigne du terrain déjà défriché. «Au troisième album, ça devient vraiment ton métier. Faire des disques d’or chaque fois, ça va, mais je me comporte comme un punk, je me fous de la compagnie de disques. Normalement, à ce moment-là, ça devient de la grande chanson française, mais moi, j’en ai rien à foutre, je préfère faire des trucs subversifs.»

Alors, Christophe, tu fais des disques pour emmerder les gens? «Non, au contraire, je fais des disques pour plaire aux gens, mais surtout pour me plaire, quoi. Sur ce disque, y a des quatuors à cordes en-veux-tu-en-voilà. C’est un genre de truc after-punk, y a des choses vachement dégoûtantes. On n’est pas là pour plaire. Tiens, disons qu’on n’est pas là pour plaire aux Québécois! Comme ça, je suis sûr que ça sera inscrit dans le journal.»

On n’en saura guère plus sur A prendre, il faudra attendre qu’il nous arrive l’an prochain. On quittera Miossec en restant sur sa faim, avec la promesse de se reparler dans de meilleures circonstances et, surtout, celle d’assister à un concert qui promet d’être mémorable, avec ou sans explications. «Je dis n’importe quoi, je devrais me taire dans les interviews. De toute façon, t’as qu’à raconter n’importe quoi, puis tu dis que c’est moi qui l’ai dit.»

Le 12 novembre
Au Lion d’or