Saïd Mesnaoui : Inch Allah!
Musique

Saïd Mesnaoui : Inch Allah!

«Ma plus grande joie, c’est de partager l’énergie de la musique gnawa avec le public, de sentir que les messages passent, et que les gens sont remplis d’espoir.» Voilà ce que me disait Saïd Mesnaoui, l’artiste d’origine marocaine, maître des rythmes gnawas, installé au Québec depuis douze ans, lors du lancement de son album La Montagne, en décembre dernier. Depuis ce temps, il semble que l’espoir de pouvoir, dans des conditions décentes, partager sa musique avec le public québécois ait deserté le cour de Saïd. Dans quelques jours, il déménagera ses pénates à Paris pour y lancer sa carrière. Coup de fil pour savoir ce qui a motivé la décision de ce talentueux musicien.

«L’album est sorti en décembre dernier, et j’ai travaillé très fort pour le promouvoir. Cependant, je n’ai pas eu beaucoup de réactions. Le Festival de Jazz ne m’a pas appelé, Nuits D’Afrique non plus; je n’ai donc vendu que trois cents copies de mon disque. J’ai l’impression que tout le monde m’a laissé tomber cette année, exactement au mauvais moment. Mon moral est dégringolé, je m’étais endetté de vingt mille dollars… Ça ne m’intéressait plus de continuer dans ces conditions et j’ai pris la décision de partir.»

Douze ans à se produire sur les planches montréalaises permettent à Saïd de jeter un regard lucide sur l’état de la scène des musiques du monde. Une scène qui mériterait beaucoup plus d’attention de la part des producteurs, des médias et du public, selon lui: «A Montréal et à Québec, quelques festivals diffusent la musique du monde pendant quelques semaines dans l’année, mais il n’y a personne qui la pousse à longueur d’année. Il n’y a pas beaucoup d’endroits où jouer non plus. Et le plus malheureux, c’est que le public est là, et il est ouvert. Et en région, c’est ridicule, personne ne connaît les musiciens québécois de musiques du monde. Pourtant, il s’agirait simplement d’organiser une tournée de la province avec trois ou quatre formations…» Et l’on ne parle même pas de l’absence radiophonique de ce genre musical, ni de la pression des gros distributeurs qui font disparaître les disques indépendants des tablettes des magasins de disques pour pouvoir y mettre leurs produits…

«L’Europe, ce n’est peut-être pas le paradis, ajoute Saïd, mais, au moins, il y a un vrai marché avec des producteurs et des agents qui, s’ils croient en toi, vont t’engager et te faire travailler. J’ai déjà des contacts là-bas. J’irai habiter chez mon frère à Paris. Il n’y a encore rien de confirmé au niveau professionnel mais la porte est ouverte. Et quand j’aurai réussi, je reviendrai.»
«Je suis très content de mon expérience ici, conclut Saïd pour préciser son état d’esprit. C’était vraiment extraordinaire, j’ai appris beaucoup de choses. Seulement, même si je ne suis pas du genre à chialer tout le temps, c’est clair que si mon produit n’est pas bien servi ici, j’aime autant partir. Je ne suis pas du genre à supplier les gens pour qu’ils s’occupent de moi… Et, à quarante-trois ans, je n’ai plus l’énergie de me mettre à genoux.»

Pour la soirée d’adieu organisée par Coup de cour francophone, intitulée «Bon voyage, Saïd», plusieurs invités viendront lui souhaiter bonne chance: Assar Santana, Nico Beki, Chris Anderson du groupe Patwa, Patrick Ross, Wiliams, Lilison et plusieurs autres surprises.

Le 5 novembre
Au Zest