William Dunker : Wallon-z-y!
Musique

William Dunker : Wallon-z-y!

Il est belge, et il fait partie du groupe Les Fabuleux Élégants, en compagnie de Jeff Smallwood, Bourbon Gautier et Patrick Norman. Avec ses trois comparses, il vient de remporter le Félix du meilleur album de l’année dans la catégorie country. C’était sa deuxième récompense en quelques mois, à William Dunker, puisque son album Trop Tchaud, sorti en Belgique l’an dernier et atterri récemment chez nos disquaires, a reçu, de son côté, le prix Québec-Wallonie-Bruxelles.

Au moment de lui parler au téléphone, en Belgique, il venait aussi d’être papa d’une petite fille. «Je ne sais pas trop ce qui arrive, m’a-t-il lancé dans un rire impossible à traduire, mais depuis la sortie de Trop Tchaud, il se passe plein de choses dans ma vie.»
C’est le moins qu’on puisse dire. Pour un homme qui a longtemps fait son métier en dilettante (sous le pseudonyme d’Alfred) et qui a même déjà troqué la musique contre le théâtre, 1998 a toutes les apparences d’une année décisive. «Trop Tchaud représente pour moi mon premier album et l’aboutissement de toute ma carrière artistique.»

Impossible de rater la pochette: une vieille roulotte trône dans un champ d’avoine. Une image de l’Amérique profonde, style canette de bière, huile à moteur et paille au coin de la bouche. «Mais on retrouve le même genre de paysage à trente kilomètres de chez moi», souligne Dunker, qui vit à Marcinelle, en banlieue de Charleroi, une région baptisée Le Pays noir à cause de ses industries et de ses mines de charbon.

Le père de Dunker, qui était mineur, est mort d’une maladie pulmonaire. Son frère bosse dans une usine métallurgique depuis vingt-cinq ans. On s’égare, pensez-vous. Pas du tout. Avec Les Fabuleux Élégants, Dunker nous avait présenté sa face tendre, mélancolique: ses ballades Djan Pinson, Toujours ensemble, et l’entraînante Tu Pous Bouchi. Sur Trop Tchaud, il nous offre, cette fois, son côté sombre. Il y a une pièce bien bouseuse, très sociale, d’ailleurs, intitulée Black Country Blues qui appelle à «pourfendre le ventre mou des gros patrons, des pleins d’argent, des gras ministres».

Ses chansons, dont les textes sont signés André Gauditiaubois, sont d’autant plus fortes qu’elles défendent aussi une culture: Dunker chante en wallon. «Chez moi, m’explique-t-il, le wallon est perçu comme une langue bâtarde, vulgaire. Quand on l’enrobe de musique, ça donne des chansons rigolotes ou alors des refrains pathétiques à faire pleurer un crocodile empaillé. Je suis le seul dans mon pays à faire du country-blues-rock dans cette langue, c’est-à-dire à faire une musique de "jeunes" accompagnée de mots considérés comme folkloriques. Ça fait du bien.»

Symboliquement, musicalement aussi, Dunker est plus proche de Bob Dylan, en Amérique, ou même de Renaud, en France, que de son compatriote Brel. «J’ai été influencé par les Stones, les Beatles, certes, mais aussi par Crosby, Stills and Nash et par les Eagles.» C’est d’ailleurs le guitariste Kevin Mulligan (Maurane, Bashung), un Américain installé en Belgique, qui a réalisé Trop Tchaud. Mulligan est originaire du Kentucky, le pays du charbon et du country. «Nous étions vraiment faits pour nous entendre», souligne bien évidemment Dunker.

Le 11 novembre
A la maison de la culture Frontenac