Musique

Adam Cohen : Le bon fils

Il a le regard intense, des manières douces, une voix pénétrante, capable d’exprimer les nuances du cour et les émotions intimes, qu’on n’ose pas toujours révéler. «Comme son père», dites-vous. Eh bien oui, difficile d’échapper à l’influence poétique de Leonard quand on est du même sang. Mais Adam Cohen, vingt-six ans, révèle aussi de belles choses sur son premier album éponyme, des histoires qui ne lui sont arrivées qu’à lui seul. Dans Sister, l’un de ses plus beaux textes, il raconte qu’un vieil ami lui a avoué, un jour, être sorti avec sa sour parce qu’il était amoureux de lui.

«Imaginez être chanteur et pouvoir raconter une histoire pareille, souligne Adam dans un français presque impeccable. C’est une superbe bénédiction! Si je pouvais penser à quelque chose d’aussi original tout le temps, ce serait fantastique. Voilà le genre de chanson que je veux toujours écrire.»

De retour à Montréal, sa ville natale, pour défendre sa première ouvre, Adam, qui vit à Los Angeles, avait la fierté évidente, le verbe assuré, l’oil un brin arrogant, mais il s’est montré très charmant. L’homme porte un lourd héritage, même s’il admet s’en moquer un peu. Les attentes à propos de son album étaient énormes. Pouvait-il totalement les combler?

Jeune, Adam écoutait Bob Marley, Marvin Gaye et Curtis Mayfield lorsqu’il vivait en France, avec sa mère. Ce sont donc ces influences que l’on perçoit sur son disque d’ambiance, à saveur pop, dance et soul, et non celles de Cohen ou de Dylan. La facture se veut contemporaine, accessible, très synthé, mais comporte aussi des défauts: absence de relief, de profondeur, de direction musicale… Une chanson aussi «intime» que Sister, par exemple, n’aurait-elle pas mérité un traitement plus dépouillé, moins synthétique, en accord avec l’émotion du texte? «Je comprends que vous me posiez cette question, répond-il en soufflant un nuage de Camel. Mais, contrairement à vous, je crois qu’il y a une complémentarité entre le contenu des chansons et l’enrobage musical. Il est vrai que beaucoup de soin a été apporté à la production. L’esthétisme est particulier, moderne. Certains vont aimer; d’autres, pas du tout, surtout les puristes…»

S’il avait fait un album plus sobre, très «auteur-compositeur», aurait-il craint de ressembler à son père? «Un peu. Hum… pas beaucoup. Cela m’est venu à l’esprit, mais la plupart du temps, je me suis concentré sur ma musique et sur l’occasion qui m’était offerte d’entrer au royaume des musiciens de L.A., avec lesquels j’ai toujours voulu jouer.

«J’ai tellement d’amis qui ont fait de bons disques, poursuit-il, des artistes comme mon père dont les albums ont toujours été de qualité, mais qui n’ont pas touché un grand nombre de gens (!). Je trouve que le vrai challenge, c’est de réaliser une ouvre sensible, vraie et, en même temps, populaire, comme les films The English Patient et Fargo. Mon but est de toucher le plus vaste public possible.»

Propos déroutants, n’est-ce pas, de la part du fils de Cohen? Mais attendez de lire ceux-ci:

– Vous parlez beaucoup d’amour dans vos chansons, Adam. Qu’est-ce que votre père vous a appris sur les femmes?

– Qu’elles sont hystériques! Qu’elles font chier, et qu’elles sont fascinantes parce qu’elles font chier.

– Et qu’est-ce que vous, vous pourriez lui apprendre?

– Sur les femmes? Qu’il ne sache pas déjà? Absolument rien!»
Parlez-moi d’un héritage lourd à porter.

Le 13 novembre
Au Cabaret