Musique

Bori : Le cirque de la lune

«Je dirais que notre show est multi-indisciplinaire!» C’est Edgar Bori, démasqué pour les besoins de l’entrevue, qui m’annonce ainsi les tendances de son tout nouveau spectacle qui prendra l’affiche du Corona pendant cinq soirs. Démasqué, parce que Bori (son nom d’artiste) laisse plutôt ses personnages occuper le devant de la scène: «Je ne veux pas qu’on me voie parce que je perds mes moyens devant un public. Mais c’est sûr que je ne peux pas passer deux heures caché derrière un rideau.» Pour le moins sincère.

Et dans le contexte théâtral, interactif et donc très visuel du concert, l’anonymat semble sa meilleure carte. A quoi ressemble-t-il? A vous, à moi, peu importe. Ce qui compte, ce sont les chansons de Vire et valse la vie et de l’éponyme Edgar Bori, portées à bout de bras par la voix chaude et rassurante (à la Sylvain Lelièvre) de cet homme assis en face de moi. Mais ce serait une grande injustice que de laisser pour compte les autres membres du fabuleux quartette: Yvon Bilodeau (metteur en scène et comédien), Stéphan Côté (musicien, comédien, magicien), Louis Gagné (comédien, marionnettiste, musicien) et Pierre Potvin (comédien, musicien). Vous aurez compris que la vraie motivation, pour eux, c’est de performer devant public.

«On est rendus à une soixantaine de numéros qu’on peaufine depuis deux ans, d’expliquer Bori. Chaque soir, Yvon et moi, on pige au hasard les numéros sans le dire aux autres et, comme ça, on garde les gars sur la corde raide. Nos shows ne sont donc jamais pareils. Ce que je veux, c’est marcher sur un fil de fer, et sans filet. Auparavant, on disait aux gens que c’était un work in progress; et effectivement, le show qu’on présente, c’est un peu le résultat de toutes ces transformations. C’est comme de la musique de cirque, mais sans animaux. Il y a des bruits, des ambiances sonores, et, en quelque sorte, on participe à l’univers des clowns. Moi, je suis caché derrière ma lune, et j’envoie des signes au metteur en scène.»

Rajoutez à cela des ombres chinoises, des marionnettes et une foule de judicieux bidules qui stimulent l’imaginaire: «On veut présenter la chanson d’une façon nouvelle. On veut essayer de bâtir un spectacle en dehors des normes. Personnellement, je commençais à voir venir la fin du chanteur avec sa guitare. Ce qu’on définit comme le chansonnier.

«Nous, quand on se pète la gueule lors d’une représentation, poursuit-il, on arrête, pis on recommence. C’est une bonne chose, puisque ça vient libérer toute la tension. Dans notre tête, le public n’existe pas. C’est comme si on répétait. Sauf que c’est une répétition raffinée. Pour te donner une idée, si c’est écrit sur le billet que le show commence à huit heures, pis que t’arrives à huit heures moins le quart, le show est déjà commencé. Il se passe toujours quelque chose sur scène. Et tout à coup, il est huit heures et quart, et t’as déjà eu deux improvisations. On déstabilise. Les spectateurs peuvent être à deux ou trois endroits en même temps. C’est comme du vidéoclip.»

Je n’ai pas vu le spectacle intitulé Vous attendez Bori. Paraît que tous les membres y chantent, pas seulement notre homme. Paraît que chaque erreur est récupérée pour en faire un nouveau numéro. Paraît que Michel Rivard en est fort enthousiaste, à un point tel qu’il leur a écrit une lettre de références. Allons-y voir!

Du 17 au 21 novembre
Au Corona