L’homme qui montera sur la scène du Café Campus, mercredi, a son nom inscrit dans tous les dictionnaires et toutes les encyclopédies du blues. La vie a été trépidante pour Clarence Gatemouth Brown, aujourd’hui âgé de soixante-quatorze ans. Et comme la longévité n’arrive pas sans une bonne anecdote, aussi bien vous raconter la sienne tout de suite. Revenons à ses débuts, en 1947, au Bronze Peacock Nightclub, à Houston. Tout le monde est là pour voir T-Bone Walker, qui tombe malade durant la soirée. Clarence Brown, en spectateur incrédule, se précipite sur la scène, enfile la guitare du T-Bone, et le remplace au pied levé. The rest is history.
Vous demanderiez à cinq personnes de décrire le bonhomme, et vous auriez cinq définitions différentes. L’un vous dira qu’il est bluesman, affirmation qui lui donne des boutons. L’autre vous jurera qu’il est violoniste cajun, musicien de bluegrass, de country et de swing-jazz. Brown, en générateur de musiques des racines et en multi-instrumentiste boulimique, est invariablement tout cela. Facile à expliquer, il est né en 1924, à Vinton, en Louisiane, et a été élevé sur un ranch à Orange, au Texas. Comme point géographique, on ne peut être stratégiquement mieux situé. Et ceci étant dit, la musique que fait Clarence Gatemouth Brown ne s’enseigne tout simplement pas.
Même celle de son dernier disque, Gate Swings, véritable coup de chapeau à son mentor Count Basie. «Tous mes albums sont remplis de cuivres, et c’est dans les arrangements qu’on les apprécie le mieux. Moi, je peux prendre cinq cuivres et les faire sonner comme dix», se vante-t-il, même si la halte montréalaise ne va inclure qu’un seul saxophoniste, budget oblige.
Entre la mouture swing de Brown et celle des jeunes d’aujourd’hui, le principal intéressé y va de propos vitrioliques: «Il n’y en a pas un seul qui sache vraiment jouer le swing. Ils me font tous penser à Elvis Presley qui copiait la musique des Noirs. Ils n’ont aucune idée de ce qu’est une progression d’accords dans la mélodie. Ils n’apportent certainement rien de neuf. C’est la chose la plus horrible que j’aie entendue de ma vie.
«Cela fait soixante ans que je suis musicien et, crois-moi, il y avait de la bad ass music à mes débuts. Et la façon dont la société a dicté les choses, c’est que l’homme blanc s’attend à ce que l’homme noir soit un bon musicien de blues, un bon jazzman, etc. Ce qu’on veut entendre chez les Blancs, ce sont les B.B. King, Muddy Waters et compagnie, qui pleurnichent sur la femme qui les a quittés. Je refuse de faire cela. Bien sûr, j’écris des chansons blues moi aussi, mais avec une incidence positive. Je dis simplement aux gens comment améliorer leur vie au lieu de la rendre misérable.» Qui ne se souvient pas de sa fameuse chanson Alligator Eating Dog? Pissant.
«Lorsque l’on me demande si j’ai rencontré quelqu’un qui joue comme moi, je réponds que non. Par exemple, prends le violon. Même avec une formation classique, si tu ne sais pas jouer avec ton cour, oublie ça tout de suite.»
«Je suis parfaitement conscient d’avoir influencé d’autres guitaristes. Ce que je n’aime pas, ce sont ceux qui copient note à note. Quand je joue la chanson d’un autre, au moins, j’essaie de l’adapter à mon style. Il me reste plusieurs choses à accomplir: un album cajun, un autre complètement bluegrass, ou un straight ahead blues, avec les musiciens de mon choix. Mais mon prochain sera encore axé sur le swing. Le vrai.» Rendez-vous obligatoire.
Le 18 novembre
Au Café Campus