A chaque automne, à New York, se déroule le CMJ Music Marathon: quatre jours de concerts, où huit mille professionnels de l’industrie se mêlent à des milliers d’amateurs pour assister aux spectacles de l’un ou l’autre des mille groupes, artistes solos ou D.J. qui participent à cet événement annuel majeur dans le domaine des musiques alternatives en terre nord-américaine.
Parmi ces concerts, une tonne de showcases, soirées permettant à des compagnies de disques de présenter leurs nouveaux artistes à la presse musicale, moyennant la prise en charge des frais de transport, d’hôtel et de bouffe desdits journalistes. Bref, une bonne façon de se faire de nouveaux amis, et de s’assurer une meilleure couverture médiatique…
C’est donc au Alene Grocery, un petit bar sur Stanton Street, que l’étiquette anglaise Beggars Banquet avait convié, jeudi dernier, une centaine d’invités à découvrir cinq formations, dont quatre en étaient à leur première prestation en Amérique. Beggars Banquet (qui fête cette année ses vingt et un ans) est l’étiquette qui a donné leur première chance à des artistes comme Gary Numan, Bauhaus, The Cult, The Fall, The Charlatans, et, plus récemment, des groupes comme Buffalo Tom, Mercury Rev, Luna, Bettie Seveert et Prodigy, à travers l’un ou l’autre de ses six labels associés (4AD, Too Pure, Nation, Wiija, Mantra et XL). Une crédibilité à tout casser, donc, et un indispensable regard vers l’avenir, comme me le disait, accoudé au bar, Martin Mills, le fondateur de l’étiquette né en 1977 d’un petit magasin de disques indépendant de Londres: «Il faut que ce soit un éternel recommencement pour que ça avance. Sinon, le plaisir disparaît…»
Et le plaisir, il a réellement débuté avec l’apparition, toute discrète, des Britanniques Whistler, combo à saveur acoustique, dont le ton mélancolique et tout en douceur pouvait rappeler, à l’occasion, un groupe comme Frente. Une bien jolie voix, de bien jolies mélodies, mais rien pour nous dérider ni donner un spectacle qui déménage. Tout le contraire d’Hefner, la formation suivante, qui possède un atout de taille: un chanteur, Darren Hayman, à la personnalité éminemment sympathique, dont la voix (faussant plus souvent qu’à son tour…) est cependant reconnaissable entre mille. Un peu comme celle de son influence majeure, Billy Bragg, dont Hefner a déjà assuré quelques premières parties. Une prestation réjouissante. L’album Breaking God’s Heart devrait sortir sous peu.
Je ne peux pas dire que j’aie été séduit de la même façon par le groupe de Warren Defever, le leader de la formation américaine His Name Is Alive; de la pop-soul alternative chantée sans grande conviction ni complicité, par une claviériste lunatique et une percussionniste (un peu) plus chaleureuse. Un manque de dynamisme évident pour une formation cumulant tout de même près de dix ans d’expérience.
Mais le gros morceau de la soirée était constitué sans contredit par les Britanniques de Six By Seven, véritable machine sonique conduite par quatre musiciens talentueux, dont le guitariste-chanteur Chris Olley. Imaginez un mur de riffs hypnotisants en perpétuel recommencement; imaginez un train qui vous passe dessus pendant quarante-cinq minutes; imaginez une intensité jamais, personnellement, observée depuis Radiohead, et vous aurez une petite idée de ce qui vous attendra lorsque le groupe nous visitera au début 99. En attendant, vous pouvez vous procurer leur premier album, The Things We Make, qui n’est pas tout à fait fidèle à l’énergie dégagée sur scène, mais qui vaut tout de même amplement le détour. Concert historique? L’avenir nous le dira…
La soirée s’est finalement conclue avec Fifty Tons of Black Terror, qui, comme son nom l’indique, ne donne pas dans la dentelle, mais plutôt dans un rock’n’roll dégoulinant d’alcool et de délire. Le titubant chanteur a dû avaler sept scotchs offerts par des spectateurs durant un spectacle qui avait tout d’une séance d’autodestruction. Pour les amateurs de défonce, l’album Demeter devrait être disponible sous peu.