

Jim Cuddy : Ballade en solitaire
Louise Dugas
Les portes de l’ascenseur de l’hôtel se sont ouvertes sur un solide gaillard aux yeux bleus, bleus, bleus. «Hi, I’m Jim Cuddy, m’a-t-il dit en me serrant la main. Désolé, je suis en retard.» Deux secondes plus tard, l’âme tendre mais aussi country-rock de Blue Rodeo était assis en face de moi, prêt à discuter de son premier album solo, All In Time, un disque mijoté dans la sauce The Band et Burrito Brothers, et sur lequel jouent la violoniste Melanie Doane, et deux membres du groupe américain Wilco: Jay Bennett et Jeff Tweedy. «Défendre tout seul un album me fait réaliser combien c’était devenu normal pour moi de parler au nom du groupe, même quand il s’agissait de mes chansons, souligne d’emblée, l’auteur de Try, de Trust Yourself et de plusieurs autres succès du groupe torontois. C’est une forme de réorientation.»
Entre vous et moi, ça doit lui faire du bien, au beau Jim, de sentir les projecteurs braqués sur lui; en effet, il y avait une mèche qu’il était disparu derrière la brume de son compère Greg Keelor. Le déséquilibre entre lui et Keelor, les deux forces créatrices du groupe, est devenu évident sur Nowhere to Here (1995), un album psychédélique que Greg avait mené à sa guise, et sur Gone (1997), l’album solo du même homme, une ouvre éthérée, introspective, mélancolique, qui rompait avec la tradition de Blue Rodeo.
Lorsque j’avais rencontré Keelor, alors qu’il faisait la promotion de Gone, je lui avais d’ailleurs demandé ce qu’il pensait de Jim, son complice depuis vingt ans: «Jim est un homme plus raffiné que moi, avait-il dit. Il est très satisfait de ce qu’il est en tant qu’être humain mais aussi en tant que musicien. Moi, je change tout le temps de style, d’apparence physique, j’essaie toujours de nouveaux trucs. Je suis sans cesse à la recherche de quelque chose.»
«Ce qu’a dit Greg est vrai, a avoué Jim, lors de notre entretien. J’aimerais qu’un jour il soit heureux et qu’il trouve la paix; mais son insatisfaction a toujours été pour moi une source de motivation. Second Son, l’une des chansons de l’album, explique mon besoin d’avoir des guides comme Greg. J’ai eu un frère, plus vieux que moi, qui avait une forte personnalité et que je laissais souvent parler à ma place. Plus tard, j’ai remplacé mon frère par des amis, puis par le groupe… Écrire Second Son a été pour moi une libération, une façon de combattre ce syndrome.»
Sur All In Time, l’auteur-compositeur martèle avec vigueur l’enclume country-rock et prouve qu’il est beaucoup plus qu’un fabricant de ballades. Cuddy sait toutefois que l’écart entre le son d’All In Time et celui de Blue Rodeo n’est pas très grand. «Pas de doute, mes chansons auraient pu être enregistrées par le band. Mais ce sont les miennes, et c’est ma voix qui les porte.» Il sait aussi qu’il n’a pas sué sang et eau en écumant ses obsessions, comme l’a fait Keelor sur Gone. «Mes chansons sont assez autobiographiques. Je crois avoir décrit des paysages émotionnels qui me sont propres, des histoires vraies, mais je ne suis pas certain que les gens vont vraiment me reconnaître.»
La bonne nouvelle, c’est que les fans de Blue Rodeo seront moins dépaysés au spectacle que présentera Jim, au Cabaret, qu’à celui qu’y avait offert Greg, en février 1997. En ce qui a trait au groupe, celui-ci s’apprêterait à sortir un album live.
Le 13 novembre
Au Cabaret