«Hang the DJ…» Morrissey, le chanteur des Smiths, scandait ce slogan, blâmant le D.J. de la pauvreté de la musique qu’il faisait jouer constamment, comme le font encore nos stations de radio… C’était après le disco du D.J. qui, hier soir, avait sauvé ma vie avec cette chanson («Last night the DJ saved my life…»), avant la consécration de la house, de la techno, et du gars (ou de la fille) qui fait jouer des disques en vinyle sur ses tables tournantes dans des méga-partys où culturistes bien huilés, intellos branchés et adolescents sur le Vicks, tous en extase, ne font plus qu’un.
Hang the DJ, c’est un film sur la scène house, réalisé par des Montréalais, les frères Marco et Mauro La Villa. Une version plus glamour, trendy, superficielle du documentaire sur le monde de la musique électronique Modulations, qui nous a été présenté pendant tout l’été au Cinéma Parallèle.
Hang the DJ, c’est désormais le sobriquet d’une tournée mondiale qui fait escale à Montréal et qui nous propose, outre la performance du groupe Underworld, son lot de manipulateurs de platines. Pour tâter le pouls, nous avons joint, à Londres, le New-Yorkais Roger Sanchez, une des têtes d’affiche du film, et, à Paris, le très secret St-Germain, alias Ludovic Navarre, tous deux seront de la fête en fin de semaine. Deux poids, deux mesures…
Même si Roger Sanchez et St-Germain ont plusieurs points en commun au niveau musical (sur la pièce What’s New? de l’excellent Boulevard de St-Germain, le musicien français, dans une séance de name dropping, lance le nom de Sanchez parmi sa brochette de références en musique house!), leur pratique artistique et leur personnalité sont complètement opposées.
D’entrée de jeu, Ludovic «St-Germain» Navarre, à l’enseigne de l’avis qui nous le présente dans son dossier de presse, nous confirme de vive voix qu’il parle peu. «Je ne suis pas un personnage mondain: je me sens mieux dans mon studio. Et quand j’invite des musiciens pour collaborer à une de mes pièces, j’enregistre ce qu’ils me proposent, et je me sers ensuite de ce dont j’ai envie.»
L’attention portée par la presse spécialisée internationale au renouveau musical électronique en France, au milieu des années 90, qui allait ensuite révéler un Dimitri from Paris ou un Kid Loco, et la reconnaissance de cette French touch, qui marie les rythmes house et la muzak kitsch jazzy, proviennent beaucoup de ce St-Germain, qui décrit sa musique comme du «easy-listening underground house music». Fait à la maison. Pour être consommé à la maison? C’est peut-être pour ça qu’il n’aime pas trop s’exhiber derrière les tables tournantes, devant la foule de culturistes huilés, d’intellos branchés et d’adolescents sur le Vicks, tous en extase. «Si je viens à Montréal, ce n’est pas tant pour jouer que pour voir le pays.»
Pour sa part, Roger Sanchez n’est pas souvent à la maison. De passage en Angleterre, où, entre deux sets de D.J., il poursuit l’enregistrement d’un album amorcé à New York, tout en accomplissant un remix pour Jamiroquai à gauche après quelques Michael Jackson à droite… Le temps de Roger Sanchez est compté: entre un mix et une session, il se paie quand même le luxe d’une brève conversation téléphonique. Pas tellement pour respecter les impératifs du show-business que pour communiquer une passion sincère. «Je suis un privilégié puisque j’ai eu l’occasion de travailler avec des artistes qui explorent des avenues différentes, je suis allé jouer un peu partout dans le monde pour sentir les vibrations… Même si ce n’est jamais pareil, et heureusement que ce ne l’est pas, il y a quelque chose d’universel. Nous sommes uniques mais nous sommes tous les mêmes.»
Si les projets de Sanchez se réalisent l’un après l’autre, ceux de St-Germain sont compromis par une mésentente avec sa compagnie de disques, F Communications. «Mais ce n’est pas ça qui m’empêche de travailler, de composer. J’ai du nouveau matériel qui est prêt, qui s’inscrit dans la veine de mes explorations dans le jazz, le blues, le soul, le funk, dans une perspective house, et qui fouille plus profondément les possibilités des métissages.»
Hang the DJ, c’est un party en fin de semaine, un film docu-pop, un statement culturel. Hang the DJ, c’était un appel au lynchage des juke-box de la conformité des mass media, une façon de revendiquer sa différence, sa délinquance, ses expérimentations.
Le 21 novembre
Avec Roger Sanchez, St-Germain,
Sven Vath, et plusieurs autres
Info:(514) 859-9080