

Underworld : Le monde à l’envers
Parazelli Éric
Photo : Hamish Brown
Alors qu’il faudra attendre au début de 1999 pour se mettre le nouveau Underworld entre les deux oreilles, l’excellent trio, à jamais associé au film Trainspotting, nous fait l’honneur de nous présenter sur scène, et en avant-première, ses nouvelles pièces. Moment privilégié.
«Underworld? Ah oui, la toune de Trainspotting!» Pour plusieurs, la découverte d’Underworld s’est faite avec le film-culte du réalisateur Danny Boyle. Il faut dire que la pièce Born Slippy/Nuxx collait parfaitement à la scène de fuite jouée par Ewan McGregor dans le film, et à cette époque (été 1996) d’explosion des rythmes électroniques. «Ça nous a aidés surtout à l’extérieur du Royaume-Uni, précise Darren Emerson, le D.J. du groupe, à l’autre bout du fil. Car ici, les choses n’allaient pas trop mal. L’idée de départ de Danny Boyle, c’était d’utiliser notre musique pour la totalité de la bande sonore de son film, mais, commercialement, c’était préférable pour ses producteurs d’avoir une bande originale variée. Mais le résultat était parfait! Beaucoup de groupes ont été aidés par des films; que seraient Simon & Garfunkel sans The Graduate?»
Pourtant, deux ans auparavant, Emerson, Karl Hyde et Rick Smith avaient commis l’un des albums marquants de la décennie, Dubnobasswithmyheadman, qui fut l’élément déclencheur de bon nombre de vocations techno. Un album d’une richesse inépuisable qui leur a permis d’être parmi les premiers artistes à opérer une fusion convaincante entre électronique et références rock. Un mariage qu’encore trop de gens considèrent contre nature, selon Darren: «Il reste encore beaucoup de travail à faire pour changer les mentalités. Plusieurs puristes nous détestent parce qu’on n’opère pas les machines selon le manuel d’instructions… On utilise tout ce qu’il faut pour obtenir ce que l’on a imaginé. On adore la musique électronique, mais pas à l’exclusion de tout le reste! J’aime plus les Neville Brothers que Kraftwerk! Je n’ai jamais aimé Kraftwerk, je n’y peux rien… Mais, pour nous, la dance music est une forme musicale qui peut laisser place à autant de créativité et d’expériences que n’importe quelle autre.»
Underworld n’aime pas faire les choses comme tout le monde. Plus de deux ans après la sortie de l’excellent Second Toughest in the Infants, et après des délais interminables, ils auront finalement un nouvel album à nous proposer pour le début de 1999. Mais alors que, habituellement, les groupes font une tournée pour appuyer leurs nouveautés, les gars d’Underworld se présenteront en Amérique du Nord pour une mini-tournée de quatre villes (Montréal, Chicago, Los Angeles et New York) sans avoir quoi que ce soit à nous vendre (si ce n’est quelques t-shirts…). C’est qu’une aride tournée de promotion auprès des médias ne les intéressait pas; ce qui pressait le plus, c’était de jouer. «Il est parfois difficile de savoir quand un album est terminé… explique le D.J. En fait, on aurait pu dire qu’il était terminé à Noël, l’an dernier, mais personne ne voulait l’admettre. On était tous là à dire: "Peut-être qu’on pourrait ajouter ceci ou cela, ou refaire telle partie…" Finalement, c’est la compagnie de disques qui a tranché en nous affirmant que le disque était bel et bien terminé… Il sera plus près du premier que du second, dans le sens qu’il sera beaucoup moins influencé par ce qui se passe en ce moment sur les pistes de danse. Parce qu’il faut dire qu’on ne fait pas toujours notre musique en fonction des clubs. Et je crois que c’est bien ainsi. On n’a jamais voulu être "à la mode", ou sonner au goût du jour. L’album reflétera vraiment où nous en sommes rendus collectivement.»
Si je me fie à l’écoute rapide des quelques nouvelles pièces que la compagnie de disques V2 m’a fait parvenir sur cassette à la dernière minute (question d’avoir une petite idée de ce à quoi l’on peut s’attendre au Métropolis, le 20 novembre), on peut supposer que le délicieux mélange de mélodies, d’atmosphères et de confusion hypnotique qu’Underworld cuisine depuis 1993 finira par rejoindre le public qu’il mérite. Vendredi, portez une attention particulière aux pièces intitulées Bruce Lee et King of Snake; vous risquez d’être surpris et, surtout, convaincus. Un espoir que cultive aussi Emerson: «Ce serait génial d’avoir un énorme succès sans avoir fait quoi que ce soit pour y arriver, juste en faisant les choses comme nous les avons toujours faites: de façon instinctive et honnête.»
Et me souvenant du concert en plein air d’Underworld auquel j’ai eu la chance d’assister en 96, en Belgique (entre Moby et Prodigy…), je peux vous affirmer qu’il est extrêmement difficile de résister à l’énergie musicale, physique et visuelle qui se dégage de leurs prestations. Il faut dire que Karl Hyde, chanteur, danseur (et guitariste pour quelques pièces), n’est pas un frontman ordinaire. Darren est tout à fait d’accord: «Karl est une espèce d’Iggy Pop techno! Je n’ai jamais compris tout à fait ses textes. Il écrit parfois sur des choses qu’il vit, mais en d’autres occasions, il utilise plus une méthode d’écriture automatique. C’est très rarement narratif. C’est d’ailleurs ce qui rend le tout plus mystérieux, et ça ajoute une ambiance particulière à notre musique.»
Le 20 novembre
Au Métropolis