Pour vous dire très franchement, ça n’allait pas très bien pour Michel Rivard, vendredi soir, au Monument-National. En fait, je ne l’avais jamais vu comme ça. A trois ou quatre reprises, Rivard a eu des trous de mémoire et, par deux fois, il a même dû recommencer une chanson, trop mal amorcée. Ça doit bien faire une vingtaine, si ce n’est une trentaine de fois que je vois Rivard en spectacle, et jamais je n’avais vu ça.
Ce qui ne m’a pas empêché d’apprécier ce Maudit Bonheur en spectacle. Parce que, malgré la maudite mémoire, une chose reste d’une évidence crasse: on a ici affaire à un auteur-compositeur-interprète qui se situe dans une classe à part. Qui délaisse les grands sujets, se recentre et se concentre sur les petites choses, tout en restant encore et toujours aussi pertinent. Un tour de force.
Surtout que sa musique suit la même trajectoire: les grandes envolées sont rarissimes. On parle ici beaucoup plus de couleurs subtiles, de demi-teintes, de précision, de petites touches qui finissent par former un tout beaucoup plus impressionnant qu’impressionniste. On salue donc le travail de justesse des musiciens: les fidèles Mario Légaré (basse) et Rick Haworth (guitares), Sylvain Clavette à la batterie, la choriste Marie-Lou Gauthier et le multi-instrumentiste d’origine belge (violon, accordéon, flûte, claviers, etc.) Francis Covan.
Trouvant donc son plaisir dans un certain minimalisme, Rivard est peut-être encore plus touchant qu’auparavant, parce que plus vulnérable. Même une chanson comme Je voudrais voir la mer, interprétée en deuxième rappel, sonne un peu bizarre, presque déplacée, dans cet environnement domestique et quotidien, comme si le potentiel d’hymne de la chanson était trop imposant.
On lui préférera les nombreuses nouvelles chansons (Toute personnelle fin du monde, La Maison froide, Pars, mon bel oiseau, Toujours là pour elles, Ta robe rouge, etc.) et quelques anciennes (Le Goût de l’eau en duo accordéon-voix, La Lune d’automne, Un trou dans les nuages, La P’tite Vie, Le Dernier Glacier), ou encore l’excellente reprise de Madeleine de Jacques Brel.
Michel Rivard est en supplémentaires au Spectrum au mois de mars prochain. Il y a beaucoup de chances qu’on s’y voie…
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Tout de suite après Rivard, direction Métropolis pour la première montréalaise du trio britannique Underworld, bien connu pour sa participation très remarquée à la bande sonore du film Trainspotting. Mentionnons en premier lieu que le Métropolis était plein à peine aux deux tiers. Décevant. Les technophiles auraient-ils la mémoire courte?
Et c’est dommage parce qu’Underworld a présenté une très bonne prestation. Avec plein de nouvelles chansons (surveillez King of Snakes, lors de la parution de leur prochain disque en février 99) et plein de classiques. Un set qui a longtemps manqué de volume, mais qui compensait en trouvailles sonores, en brisures de rythmes (même si celles-ci rappelaient régulièrement le rock), en douce folie, en puissance d’imagination. Ce qui vaut parfois bien de la puissance sonore…
Précisons toutefois que malgré l’imagination présente, le set d’Underworld n’a pas la même efficacité qu’un spectacle des Chemical Brothers, par exemple. Évidemment qu’on ne joue pas sur les mêmes cordes, on ne pousse pas les mêmes boutons, Underworld n’ayant, par exemple, pas peur de miser sur une mélodie plutôt que sur un rythme; mais j’espérais une même charge d’adrénaline. Ce fut autre chose. Et c’est peut-être tant mieux…
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Le lendemain, au Medley, j’arrive à temps pour voir les trois dernières chansons de Raid, dont leur reprise de Ça rend rap de RBO. Etes-vous obligés, les gars? Les deux autres pièces que j’ai entendues semblaient tellement meilleures…
Tout de suite après, Guérilla, de retour d’Europe et d’une tournée québécoise d’une dizaine de dates, envahissait la scène. Un groupe réchauffé, en pleine forme, qui joue beaucoup, ça ressemble à ça: plus de temps morts, une réelle communion entre les musiciens, un état d’esprit sans équivoque. Si tous les groupes alternatifs québécois avaient la rigueur de Guérilla, je me dis que ça irait quand même beaucoup mieux. La musique du groupe, mélange de rap et de métal, ne révolutionne rien, mais ils l’exécutent tellement bien, avec désormais une telle aisance, qu’elle devient unique à Guérilla. Un groupe à suivre d’encore plus près. Parce qu’il est maintenant presque prêt…
Le groupe français Mass Hysteria clôturait cette Querelle positive, devant près de huit cents fans. Heureux mélange de techno, de rap et de métal, Mass Hysteria commence à faire de sérieux ravages ici, et avec raison. Le groupe est tight au possible et ne s’en laisse pas imposer. Attention, je ne dis pas qu’il s’agit d’un grand groupe indispensable qui marquera à tout jamais l’histoire de la musique populaire. Voilà simplement un bon band qui a su flairer l’air du temps et s’y inscrire avec brio. C’est déjà beaucoup.