Big Bad Voodoo Daddy : Le père dure
Musique

Big Bad Voodoo Daddy : Le père dure

La mauvaise nouvelle est venue de San Francisco. L’éternel Charles Brown, cloué sur un lit d’hôpital, annulait son concert prévu au Festival International de Jazz de Montréal, le 4 juillet dernier. La bonne est venue de Philadelphie. Big Bad Voodoo Daddy, un groupe swing de Santa Barbara, totalement méconnu des Montréalais, devenait le plan B d’André Ménard et, du même coup, le Fourth of July allait se faire sous les klaxons des cuivres.

A dix-huit heures, huit musiciens ont fait leur entrée sur la scène du Spectrum, dansant à la file indienne, soufflant dans leurs tuyaux, tous vêtus de zoot suits et de chapeaux Fedoras. A la vue d’un tel déploiement, le public dans la salle fut subjugué. Coincé, même. Les boys avaient beau se démener, la caricature était plus grande que nature. Le courant allait-il passer?

C’est là qu’on a vu la magie du swing opérer. Petit à petit, le plancher de danse s’est rempli. Un à un, les jeunes Daddy sont venus nous chercher. A la fin du premier set, tout le monde hurlait son approbation. Kurt Sodergren s’en souvient. C’est lui, le blond batteur, véritable sosie de l’acteur Val Kilmer, qui prend les bouchées doubles avec des roulements d’enfer pratiquement à toutes les chansons. Cette façon de faire de Sodergren, la fameuse cadence jungle de Sing Sing Sing de Benny Goodman, tous les batteurs de groupes swing la pratiquent. Au bout du fil, Kurt se remémore: «Ce concert-là, je m’en souviens particulièrement. Nous nous sommes tellement amusés. Nous avons annulé notre concert prévu à Philadelphie et sauté dans le premier avion lorsque nous avons su qu’il s’agissait de Montréal. On l’a remarqué chez vous, et c’est le cas dans la plupart des villes que nous visitons: il y a des gens de tous les âges à nos concerts. Là où l’on dénote un changement, c’est dans le nombre. En général, les deux cents spectacles que nous donnons annuellement se déroulent devant deux à trois mille personnes.»

Big Bad Voodoo Daddy – dont les membres sont âgés de vingt-cinq à trente-trois ans -, c’est avant tout l’affaire de Scotty Morris. C’est lui qui décide à peu près tout, du répertoire (original, soulignons-le) aux arrangements. C’est en sortant d’un concert d’Albert Collins en 1992, emballé par ce qu’il avait entendu, que Morris apostropha le bluesman pour un autographe. Lorsque Collins lui remit son bout de papier, on pouvait y lire: «To the big bad voodoo daddy». C’est devenu le nom du groupe.

«Pour notre premier album, paru en 93, se rappelle Sodergren, nous avions imprimé deux mille copies. En une semaine, juste dans notre patelin, nous les avions toutes vendues. La semaine suivante, mille autres sortaient des presses. Vendues en une semaine aussi. Alors nous sommes partis en tournée, de San Diego à San Francisco, et c’est dès lors, en voyant que tout le monde dansait sur cette musique, nous nous sommes dit qu’il y avait vraiment une scène swing. La grande différence avec le lounge, c’est que les gens sont partie prenante du spectacle. Ce sont eux qui vont dans les friperies pour s’habiller et y faire peut-être des trouvailles. Ce sont eux qui dansent devant nous. Selon moi, le fait d’être participant rend l’expérience plus positive. Le néo-swing, c’est ça: du monde qui participe. Nous sommes une solution de rechange au rétro. Nous sommes influencés autant par Black Flag que par Count Basie.»

Le 7 décembre
Au Spectrum