The Jon Spencer Blues Explosion : Tableaux d'une explosion
Musique

The Jon Spencer Blues Explosion : Tableaux d’une explosion

Le trio américain le plus explosif du rock contemporain revient enfin à Montréal, avec, sous le bras, son album le plus expérimental. Y a-t-il un docteur dans la salle?

«This is Blues Power!» Dès les premières secondes d’Acme, Jon Spencer lâche dans l’arène l’un des slogans qu’il affectionne tant, pour se contredire quelques chansons plus tard en s’écriant «I do not play no blues, I play rock’n’roll!» sur un rythme hip-hop. Comprenez qu’il s’agit là d’une nouvelle étape dans la vaste entreprise de déboulonnage du blues et de ses dérivés, amorcée il y a six ans par Spencer et ses comparses du Blues Explosion, le guitariste Judah Bauer et le batteur Russell Simmins.
Après le tonitruant et rustaud Now I Got Worry, le Blues Explosion vient de signer un album plutôt étonnant, où le nombre de réalisateurs et d’invités est inversement proportionnel au nombre d’accords utilisés, ce qui n’est pas peu dire. De Calvin Johnson à T Ray (collaborateur de longue date chez Cypress Hill) à Dan The Automator Nakamura (Dr. Octagon) en passant par le fidèle Jim Waters, l’incontournable Steve Albini, le bruyant Alec Empire, et quelques mercenaires bien choisis comme Nick Sansano (Sonic Youth, Public Enemy) et Chris Shaw (Butthole Surfers, Weezer), tout le monde contribue à cette mixture blues-punk-funk-hip-hop à la sauce Spencer.

Cette démarche éparpillée, ponctuée de quelques morceaux plus classiques qui doivent beaucoup aux Stones, n’est pas sans rappeler celle que le groupe a employée pour son mini-album Experimental Remixes, paru en 1995, impression confirmée par Spencer lui-même, joint au téléphone dans sa résidence new-yorkaise. «En fait, je pense qu’Experimental Remixes a servi de patron à Acme, que je considère aussi comme un album de remix, explique Jon. On voulait faire quelque chose de différent, de très moderne, et l’approche qu’on a choisie était de laisser tomber tout le côté de la réalisation et de permettre à d’autres personnes entrer dans notre univers. Dans certains cas, on a travaillé en studio avec les réalisateurs et les mixeurs; alors que, pour d’autres, on a simplement envoyé les chansons par la poste. Ce qui est vraiment intéressant dans ce processus, c’est qu’on a parfois des surprises hallucinantes. On a fait plusieurs trucs qui ne se sont malheureusement pas retrouvés sur l’album, comme un remix furieux d’un groupe anglais appelé Techno Animal, qui est sur l’étiquette Digital Hardcore; je n’arrivais pas à reconnaître la toune originale mais j’ai vraiment adoré.»

Spencer ne se serait donc pas complètement assagi. D’ailleurs, la présence d’Alec Empire (leader des très bruyants Atari Teenage Riot et fondateur de l’étiquette Digital Hardcore) est assez éloquente. Son travail sur Attack, placée à la toute fin du disque, n’est pas sans rappeler les débuts de Spencer avec les très extrêmes Pussy Galore. «On m’a souvent fait cette remarque, et il y a sûrement du vrai là-dedans, acquiesce Spencer. C’est une musique qui est très cool et complètement éclatée. J’adore l’énergie très punk de ces groupes, mais je ne peux pas dire que je sois très friand de leur message politique.»

En effet, il n’y a pas de politique sur Acme, et beaucoup moins d’agressivité que d’ordinaire, surtout si on le compare au brouillon Now I Got Worry. «Il y avait un désir de rupture, mais je pense aussi que le fait d’avoir eu un enfant m’a beaucoup influencé, d’une façon que je ne saurais vraiment définir. Do You Wanna Get Heavy?, par exemple, parle directement de mon expérience de père, mais je ne me suis pas senti obligé d’en faire une toune mielleuse pour autant.» Jon Spencer, papa? L’image de sex-symbol alternatif en prend un dur coup. Ça expliquerait peut-être pourquoi Acme semble moins dégoulinant de testostérone que ses prédécesseurs, grâce, en partie, à la présence fugace de Jill Cunniff, de Luscious Jackson, qui a prêté sa voix et ses talents de compositeur à la pièce Blue Green Olga, et à celle de la tendre moitié de Spencer, Cristina Martinez, qui vient faire des chours en compagnie de sa comparse de Boss Hog, Hollis Queens.

«On est dans une position assez privilégiée qui nous permet de choisir les gens avec qui on joue, sur disque comme sur scène. Cette fois-ci, on va tourner avec Alex Chilton, qui est un type tout simplement génial. C’est un vrai juke-box humain: il peut jouer des tounes des Box Tops, de Big Star ou de ses trucs solos, mais aussi de vieilles tounes rockabilly ou soul. Quant à nous, on va essayer de l’accoter: on va jouer tout ce qu’on peut, et on va faire de notre mieux pour vous jeter carrément le cul par terre.»

Le 9 décembre
Au Spectrum