Le Messie de Haendel : Chour et âme
Musique

Le Messie de Haendel : Chour et âme

IWAN EDWARDS, pour l’OSM, et BERNARD LABADIE, pour Les Violons du Roy, dirigeront chacun une vision du Messie de Haendel, ouvre fréquemment jouée dans le temps des Fêtes. Comment voient-ils ce monument de la musique? Nous leur avons demandé leur version des faits.

Pour ceux qui n’avaient pas encore senti venir Noël, il reste heureusement deux présentations du Messie de Haendel à Montréal, après celles de l’Orchestre de chambre McGill et du Studio de musique ancienne de Montréal. Si l’on présente près d’une vingtaine de Messie à Toronto à l’occasion de Noël, la métropole québécoise en aura eu au moins quatre cette saison!
Dans les deux prochaines semaines, ce sera au tour des Violons du Roy, de Québec, et de l’Orchestre symphonique de Montréal de nous donner leurs versions de ce grandiose oratorio. Afin de guider un choix qui pourrait s’avérer difficile, nous avons parlé aux deux chefs responsables de ces interprétations à venir du Messie.

Une ouvre spirituelle
Iwan Edwards dirigera le Messie de l’OSM pour la troisième fois en six ans. Depuis 1986, cependant, il travaille l’ouvre la plupart du temps dans l’ombre puisqu’il est chargé, chaque année, de la préparation des Chours de l’OSM. Lassé? Pas du tout. «Il y a toujours des choses nouvelles à y découvrir. Ce n’est pas important, le nombre de fois que je l’ai travaillée. L’ouvre est toujours neuve, pleine de choses que je n’avais pas vues la fois précédente. C’est un vrai privilège de la préparer, parce qu’elle est vraiment merveilleuse. Elle contient toutes les émotions humaines, elle est dramatique, joyeuse, jubilatoire. Il s’agit vraiment d’une ouvre très forte.»

Quelle dimension, pour Iwan Edwards, prédomine dans Le Messie? «C’est avant tout une ouvre religieuse, affirme le chef de chour. C’est un oratorio qui a parfois le caractère d’un opéra, parce que Haendel était un compositeur d’opéras. Par exemple, quand le drame de la crucifixion arrive dans la seconde partie, Haendel retourne à son style opératique. Mais le secret de l’ouvre, je crois, c’est sa dimension spirituelle.»

Comment Edwards souligne-t-il, musicalement, ce caractère religieux fondamental dans l’ouvre de Haendel? «Le choix des tempos, des articulations, et tous les choix d’interprétation sont inspirés par le texte, du moins dans ma vision. Pas par le style baroque propre à Haendel. Je crois que j’utilise un style baroque dans le sens où la musique est élégante, expressive, mais pas autrement. Les tempos sont rapides quand c’est approprié au texte, et lents quand c’est approprié au texte… Je demande aux chanteurs de ne pas trop ornementer, pour que les effets vocaux ne prennent pas le pas sur l’histoire. Je ne rends pas l’ouvre romantique, toutefois, le texte passe d’abord.»

Iwan Edwards dirigera l’OSM et son chour dans Le Messie de Haendel les 15 et 16 décembre à la basilique Notre-Dame, avec les solistes Heidi Grant Murphy, soprano, Renée Lapointe, mezzo-soprano, Gary Rideout, ténor et la basse Nathaniel Watson.

Beauté baroque
Bernard Labadie, directeur artistique des Violons du Roy, reprenait Le Messie l’année dernière à Québec et à Toronto, après une brève pause. «J’avais pris deux années sabbatiques de Messie, blague celui-ci, pour ne pas avoir l’impression de faire toujours la même chose, d’associer l’ouvre au sapin de Noël et à la dinde.»

Cette saison, il jouera l’ouvre à Montréal et à Toronto, mais pas dans sa ville d’origine, l’Orchestre symphonique de Québec prenant la relève. A l’instar du chef des Chours de l’OSM, Bernard Labadie considère Le Messie comme une ouvre extraordinaire. Pourtant, leurs visions sont foncièrement différentes en ce qui a trait à son interprétation. Pour le chef québécois, le Messie, c’est un opéra. «Il faut se souvenir que Haendel s’est tourné vers la forme oratorio par dépit, puisque ce qu’il voulait composer, c’était des opéras italiens. Il l’a fait pendant longtemps, jusqu’à ce que le courant pour un opéra national anglais, chanté en anglais, contrecarre ses plans, et que les guerres intestines entre les différentes cliques qui faisaient de l’opéra italien le mettent en difficulté.»

Le langage, le propos musical de Haendel, l’univers dans lequel il baigne est celui de l’opéra baroque de l’époque, souligne Bernard Labadie. «J’essaie d’en faire quelque chose d’aussi unifié, d’aussi cohérent dramatiquement, qui ait autant d’impact théâtral que si j’étais dans la fosse en train de diriger un opéra.» Bien entendu, les textes du Messie proviennent de la Bible, ce qui lui confère d’emblée une dimension religieuse incontestable. «Chez Haendel, ce sont deux univers parallèles qui sont en fait des vases communicants. Il n’y a aucune contradiction dans mon esprit entre le côté théâtral de l’ouvre et la dimension spirituelle inhérente au Messie. Il faut travailler très fort pour édulcorer sa spiritualité! Mais il ne faut pas confondre mysticisme et tempos lents, religiosité et grandes masses chorales!»

Une autre différence importante entre les deux prochaines présentations montréalaises du Messie concerne les effectifs. Si l’OSM dispose de gros effectifs choraux et orchestraux qui donnent tout de suite à son interprétation un côté majestueux et solennel, les Violons du Roy et la Chapelle de Québec – le chour de Bernard Labadie – sont à effectifs réduits. «Ce que je constate, indique Labadie, c’est que quand on a une petite formation mais qui travaille dans une vision unifiée, on parvient à un impact dramatique beaucoup plus fort que celui des grandes masses sonores auxquelles on est habitué avec Le Messie. Ça permet d’aller plus loin dans l’articulation, la mise en valeur du côté théâtral du discours.»

D’autre part, Labadie a cherché, dans les multiples éditions de l’ouvre, des versions peu connues de certains airs. «Je pense que les gens qui vont venir entendre notre Messie vont découvrir des versions dont ils ne soupçonnaient même pas l’existence.» Les Violons du Roy et la Chapelle de Québec seront dirigés par Bernard Labadie, le 20 décembre, à la salle Pollack, avec les solistes Donna Brown, soprano, Linda Maguire, mezzo-soprano, Alan Bennett, ténor et Stephen Powell, baryton.

OSM: 15 et 16 décembre, 19 h 30
Basilique Notre-Dame

Violons du Roy: 20 décembre, 14 h
Salle Pollack

Concert gala-bénéfice du Centre de musique canadienne

Le Centre de musique canadienne, organisme chargé de soutenir la création musicale canadienne et de donner accès aux partitions et enregistrements sonores des ouvres de ses compositeurs agréés, fête ses 25 ans d’existence au Québec. Pour célébrer cet anniversaire important pour le milieu de la création musicale québécoise, le CMC organise un concert gala-bénéfice, avec nos meilleurs interprètes en musique contemporaine, jouant des ouvres de compositeurs d’ici. Le tromboniste Alain Trudel, la violoniste Julie-Anne Derome, la flûtiste Lise Daoust, les pianistes Marc-André Hamelin et Louise Bessette, le clarinettiste André Moisan et le Quatuor Molinari, entre autres, joueront des ouvres de Gilles Tremblay, Jean Lesage, Denis Gougeon… Vendredi 11 décembre prochain, à la Chapelle historique du Bon-Pasteur, sous la présidence d’honneur du chef Joseph Rescigno.