

Le Messie de Haendel : Les violons dingues
Parmi la kyrielle de concerts du temps des Fêtes, Le Messie de Haendel, avec Les Violons du Roy, a été l1un des grands événements des derniers jours. Une interprétation fabuleuse, qui restera longtemps en tête…
Dominique Olivier
Impossible de passer sous silence l1extraordinaire interprétation du Messie de Haendel par Les Violons du Roy et La Chapelle de Québec, le dimanche 20 décembre dernier. Le chef Bernard Labadie et ses musiciens, chanteurs et instrumentistes, ont donné au public ce qu1un auditeur – entendu à la sortie de la salle Pollack ce jour-là – a appelé si justement un «beau cadeau».
Il est difficile d1imaginer une salle plus totalement suspendue aux moindres mouvements des archets et des lèvres, durant les trois heures de la prestation. En effet, Labadie avait choisi de présenter l1¦uvre majeure de Haendel en version intégrale, ce qui semble n1avoir causé aucune fatigue dans l1assistance.
Dès les premières notes, la cohérence insufflée par le chef à toute son équipe est frappante. Dirigeant sans partition, Labadie est entièrement présent à chacune des inflexions des chanteurs, à chacune des dynamiques de l1orchestre et du ch¦ur. Les solistes, les choristes et l1orchestre forment un tout indivisible, chacun épousant parfaitement les intentions de l1autre.
Apparemment, le chef n1a rien laissé au hasard. La soprano Donna Brown, la mezzo-soprano Linda Maguire, le ténor Alan Bennett et le baryton Stephen Powell semblent avoir travaillé longuement avec l1ensemble, ce qui est malheureusement trop rare en pareil cas. Alan Bennett, qui chantait le premier air, Ev1ry Valley Shall Be Exalted, m1a littéralement coupé le souffle par sa maîtrise vocale exemplaire. Qui plus est, le ténor possède une voix unie sur tout le registre, sans faille, admirablement «focusée», et ce qui ne gâche rien, une diction parfaite. Quel chanteur idéal pour un oratorio!
Les autres solistes étaient satisfaisants, si on fait exception du manque de volume de la mezzo Linda Maguire, que l1on entendait à peine même dans les premières rangées. Peut-être aurait-on souhaité, cependant, un peu moins de vibrato de la part de Donna Brown, une chanteuse expressive et subtile qui gagnerait à lisser sa voix dans le répertoire baroque. Mais la vedette de l1après-midi a été indéniablement le ch¦ur, cette nouvelle Chapelle de Québec dont Bernard Labadie est si fier, et avec raison. Le chef souhaitait donner une stature professionnelle à son ch¦ur afin de le rendre compatible avec les réussites des Violons du Roy, qui commencent à faire leur place internationalement. Nous entendions pour la première fois à Montréal, à l1occasion du Messie, cette version améliorée du ch¦ur québécois. D1emblée, une question s1est posée: comment est-il possible de donner à un ensemble vocal d1une vingtaine de chanteurs un son aussi plein, aussi coloré, aussi percussif? Comment peut-on obtenir une telle précision de la part de deux douzaines d1individus? A l1audition, le ch¦ur sonne non pas comme un ensemble, mais plutôt comme un seul instrument, complexe et toutefois parfaitement unifié. La Chapelle de Québec a fasciné le public du Messie au point de donner lieu à une ovation comme il m1a rarement été donné d1en entendre une dans ma vie. A deux reprises, au moment où le chef a fait se lever les choristes, le public ne s1est pas contenté d1applaudir plus fort ou de crier bravo; dans la salle, on hurlait à pleins poumons son enthousiasme! Pour Labadie, cet accueil n1a pu que confirmer son intuition. Après avoir donné un niveau international aux Violons, il a donné à son ensemble vocal une envergure qui ne peut pas passer inaperçue. Chapeau!
Soirée d1opéra avec I Musici de Montréal
Pour la deuxième année consécutive, I Musici de Montréal se lançait dans une expérience lyrique: présenter à son public des opéras de chambre, afin de donner accès à un répertoire négligé par la plupart des organismes montréalais. Cette fois-ci, le pari est gagné. L1orchestre de chambre, son chef Yuli Turovsky, et les chanteurs Marie-Danielle Parent et Desmond Byrne nous ont donné, le jeudi 17 et le vendredi 18 décembre au Monument-National, une Serva Padrona espiègle, pétillante, fine et pleine d1esprit.
La mise en scène de Joseph Saint-Gelais, respectueuse de l1¦uvre de Pergolèse, a su souligner avec intelligence les subtilités tout comme les bouffonneries de cet opera buffa du XVIIIe siècle. Dans un décor et des costumes fort jolis de Danielle Ross, les chanteurs et le rôle muet tenu par Claude Tremblay ont évolué avec aisance, sans lourdeur ou gestes inutiles. L1agilité vocale et le charme scénique de Marie-Danielle Parent étaient mis à profit, et Desmond Byrne incarnait un Uberto passablement crédible.
En première partie, après la Plaisanterie musicale K. 522 de Mozart – interprétée avec humour, cela va sans dire -, Desmond Byrne jouait le Maestro di Capella de l1¦uvre de Cimarosa, dans une mise en scène sobre et amusante de Saint-Gelais. A l1aise et en voix, Byrne a donné une interprétation toute en fatuité, du chef d1orchestre qui n1arrive pas à se faire écouter de ses musiciens. Ceux-ci, dans la fosse d1orchestre comme il se doit à l1opéra, étaient en grande forme. Une soirée réjouissante et de belle qualité.
Hommage à Vienne: concert du Nouvel an à Montréal
Présenté simultanément dans plusieurs villes nord-américaines au premier de l1an depuis quelques années, le concert «Hommage à Vienne» de la Attila Glatz Concert Productions est conçu sur le modèle du Neujarhrskonzert de l1Orchestre philharmonique de Vienne, le fameux concert du Nouvel An retransmis par la télévision à travers le monde. Pour la première fois à Montréal, le public pourra assister, le 1er janvier 1999, à la Place des Arts, à un de ces concerts d1authentique inspiration viennoise… Philippe Entremont sera au pupitre de l1Orchestre Strauss de Montréal, formé pour l1occasion à partir des richesses locales. La soprano Patricia Nessy sera la soliste de ce concert, où nous pourrons voir également des danseurs des Grands Ballets Canadiens. Bonne année! Premier janvier 1999, 14 h 30, salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts.
Voir calendrier Classique