Campus en Blues / Carl Weathersby : Café blue
Musique

Campus en Blues / Carl Weathersby : Café blue

Depuis que les mercredis blues furent instaurés, il y a sept ans au Café Campus, les Montréalais leur ont toujours été fidèles. A contre-courant des modes et des tendances, une autre saison s’annonce chaude. Le guitariste Carl Weathersby donne le coup d’envoi…

A quarante-cinq ans, le guitariste Carl Weathersby est dans le milieu du peloton. Entre la vieille génération des Jimmy Dawkins et Hubert Sumlin et la nouvelle, qui lave plus blanc que l’autre détersif. Pendant quatorze ans, c’est avec le joueur d’harmonica Billy Branch et sa formation Sons of Blues qu’il a fait ses véritables classes. Avec trois albums à son crédit, dont son plus récent Restless Feeling, Weathersby n’a rien de l’explorateur impénitent de terrains non défrichés, préférant s’en remettre aux bons vieux trucs du blues urbain décapant. Mais parler à un fils du Mississippi, qui fut élevé en écoutant et en fréquentant Albert King, ça ne peut qu’être révélateur. Lorsque j’ai joint Weathersby lundi dernier, sa grosse voix calme et posée était révélatrice. Pas nerveux, le bonhomme: «Quand on regarde l’évolution de la musique noire, confiait-il, nous sommes passés du blues au jazz au R&B et maintenant au hip-hop. Mais il n’y a plus de guitare. Alors moi, être bluesman, ça me permet d’être créatif avec mon instrument, de faire des solos, chose que l’on n’entend plus dans la musique aujourd’hui. Quand je réalise que des gens payent pour me voir faire quelque chose que je ferais de toute façon dans mon salon, ça me comble. A Chicago, tu peux voir 25 à 30 shows différents le même soir, mais il est aussi vrai que, dans le South Side, par exemple, un musicien est payé cinquante dollars pour sa soirée. Mais moi, je n’ai jamais aimé Chicago. D’où je proviens, une grosse ville, c’est quinze mille habitants.» Weathersby revient nous visiter en quartette. Le blues du col bleu. Le blues de Chicago. Et le Campus, lui, le Café Blue, l’étoile Polaire de la constellation blues, rougira sous son brasier.

Le 13 janvier
Au Café Campus
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Café Campus en Blues: saison hiver 99
Personne, après sept saisons déjà, n’avait prévu le rendez-vous hebdomadaire aussi durable. La note bleue, aussi attrayante et salutaire. Et puis, avec son actuel programmateur depuis trois ans, Mathieu Kouture, force est de constater que la missive est pleinement justifiée. Pas révolutionnaire, mais juste assez défendable pour qu’on pose la question: comment une ville aussi réceptive au genre (si l’on inclut tout le blues omniprésent au Festival de Jazz et celui du Medley) a-t-elle tant de difficulté à produire une scène locale? Et tant qu’à y être, qu’est-ce qui fait courir ce public fidèle qui, dans quatre-vingts pour cent des cas, ne connaît strictement rien des artistes?

Pour les dix-sept semaines qui s’en viennent, c’est justement avec ce dilemme-là que Kouture devra composer: présenter des shows de qualité s’il veut rester crédible. Éviter les automatismes. Innover. Fouiller. Suivant cette prémisse, et ayant dévoilé sa brochette hivernale au grand jour, les bons coups comme les déceptions se côtoient sur la grille.
Les bonnes nouvelles? Matt «Guitar» Murphy (le 20 janvier), guitariste des Blues Brothers depuis le début. Une première visite en solo et un nouvel album sous le bras. Le bon bougre n’est pas un virtuose, mais sa bonhomie est une réelle bénédiction.

Lynwood Slim et Kid Ramos (Hollywood Fats, Fabulous Thunderbirds), tous deux guitaristes, offrent une mosaïque de genres, préférant surtout le son des années cinquante, repérable encore aujourd’hui sur la Côte-Ouest. Rendez-vous obligatoire le 17 février.

Le 24 du même mois, c’est la visite annuelle de Stanley Dural, alias Buckwheat Zydeco, directement de South West Louisiana. Un peu comme les Holmes Brothers, on ne se lasse pas de revoir l’accordéoniste, mais on ne peut en dire autant de R.L. Burnside (le 10 mars). Une fois, c’est drôle. Mais à tous les huit mois? Maintenant que la presse alternative l’a récupéré, peut-on en recycler un autre? Comme inviter Lonnie Pitchford ou Cedell Davis ou Frank Frost, puisqu’on parle du Mississippi?

La rare visite de l’harmoniciste Paul DeLayz, elle, a de quoi réjouir. Le son résolument West Coast, la voix éraillée, le gros monsieur est sorti de taule il y a quelques années. Entre le style du regretté William Clarke et celui de George Smith. *Ça vous éclaire?

Skeeter Brandon (24 mars) est un chanteur extraordinaire comme il ne s’en fait plus. Surtout depuis que Johnny Adams nous a quittés. Puissant.

Robert Jr. Lockwood (oui, le cousin de Robert Johnson) vient le 7 avril nous montrer ses quatre-vingt-quatre printemps. Préparez vos mouchoirs. Le vieux bouc a traversé le siècle et vous allez comprendre pourquoi.

Little Charlie and the Nightcats (le 28 avril), c’est le bonheur. Un quartette irrévérencieux, qui malaxe humour et haute voltige. Ne serait-ce que pour voir Rick Estrin et son look de mafioso décontracté. Du grand cinéma.

Et pour clore la série, le 5 mai, Rod Piazza viendra souffler dans son chromatique. Je parle de son harmonica, bien sûr. Aussi: Jimmy James (27 janvier), Tony D (3 février), Maurice John Vaughan (10 février), Deborah Coleman (3 mars), Festival d’harmonica (31 mars), Big Dave and the Ultrasonics (14 avril) et Tommy Castro (21 avril). Les impolitesses débutent la semaine prochaine. Au diable les résolutions?