Musique

Scène locale : Avant de débuter…

Je sais: comme moi, vous en avez sûrement votre claque des rétrospectives de l’année. Surtout qu’on ne fait habituellement que se rappeler des choses qu’on sait déjà, ou qu’on préférerait parfois oublier au plus vite. C’est pourquoi, avant de commencer 1999, j’ai pensé vous parler de quelques formations négligées en 98, soit pour des raisons d’espace, ou tout simplement parce que j’attendais un spectacle de leur part (qui n’est jamais venu) pour vous en parler. Un mini-tour d’horizon de ceux dont vous n’avez pas assez entendu parler en 98. Pour entamer 99 la conscience tranquille…

Local Rabbits
Lorsque j’ai rencontré Peter Elkas, co-chanteur, claviériste et guitariste des Local Rabbits, au printemps dernier, c’était en prévision d’un spectacle au Cabaret. Le spectacle a été annulé, et le groupe originaire du West-Island est allé présenter les chansons de son excellent troisième album, Basic Concept, lors des tournées canadiennes du EdgeFest, des Rheostatics et de Neko Case. Il faut aussi dire que cet album est leur deuxième sur l’étiquette des maritimes Murderecords (fondée par le groupe Sloan), ce qui expliquerait que leur terrain de jeu soit davantage national que provincial.

Finalement, le 8 janvier, ils seront au Cabaret pour un premier concert depuis la sortie de Basic Concept, un disque de rock mélodique, pas prétentieux pour deux sous et beaucoup plus achevé que leur précédent, sorti en 1995, selon Elkas: «You Can’t Touch This était plus bluesé et les jams étaient très présents, alors que celui-ci est plus sophistiqué, les arrangements, mieux travaillés. On a eu trois mois pour l’enregistrer plutôt que deux jours pour le précédent, alors nécessairement… Et on a plus d’expérience aussi; on a toujours voulu faire une musique plus riche, mais c’est seulement maintenant qu’on se sent la capacité d’y arriver.»

Elkas et l’autre chanteur-guitariste, Ben Gunning, sont les deux auteurs-compositeurs des Rabbits. Chacun chante les chansons dont il est l’auteur. Sur le disque, cinq pièces sont de Peter, sept de Ben. Deux visions musicales assez différentes qui enrichissent le son du groupe. «Mes chansons sont plus mainstream, plus classiques que celles de Ben. Mais lorsqu’on les travaille en groupe, c’est là qu’elles prennent le son des Local Rabbits. Chacun ajoute son grain de sel. Mais ce qui est particulier, c’est que c’est Ben qui m’a appris à jouer de la guitare, à quatorze ans, alors que je ne maîtrisais que l’harmonica. On jouait des chansons de Neil Young et Bob Seger sur la rue, à Pointe-Claire! On a donc fait notre évolution musicale à travers celle du groupe, contrairement à beaucoup de musiciens qui maîtrisent déjà leur instrument au moment de se joindre à une formation. C’est probablement ce qui a le mieux soudé notre amitié et notre esprit d’équipe. On est toujours sur la même longueur d’onde.»

Malgré leur affiliation à la scène alternative des Maritimes, et le fait que la majorité des membres du groupe n’en soient qu’au début de la vingtaine, les influences musicales des Rabbits puisent davantage leurs racines dans le rock classique de la fin des années soixante-dix que dans le grunge de Seattle. «Notre public est plus âgé que celui des autres groupes sur Murderecords, explique Peter. Et j’en suis très fier car ce sont des gens qui savent ce qu’ils aiment, et ça me rend plus confiant. Peut-être qu’ils apprécient nos influences et la manière dont on les actualise. Par exemple, mon frère est un avocat de trente ans et il nous aime beaucoup car on lui fait penser à la musique qu’il écoutait lorsqu’il était plus jeune.» Que ce soit pour la nostalgie ou pour les mélodies, les amateurs de bonne musique se rendront au Cabaret, le 8 janvier.

Rosenoire
Personnellement, une des plus belles découvertes sur la compilation L’Oreille gauche volume 1, de CISM, parue l’an dernier, était sans contredit l’excellente pièce Vide du groupe originaire de Joliette Rosenoire. Quelques mois plus tard, ce titre devenait celui de leur deuxième album, paru sur l’étiquette En Guard. Mais attention, malgré cette association, n’allez pas penser que Rosenoire a pris un virage punk. Vide, en fait, n’est rien de moins qu’un des albums les plus intéressants à être sortis en 98 sur la scène locale! D’une richesse et d’un éclectisme musical étonnants, les ambiances se succèdent, des univers bizarres se dessinent, en français et en anglais, avec des touches alternatives ou progressives, parfois heavy, parfois planantes ou même électroniques, mais toujours singulières. L’album est disponible un peu partout via le distributeur FAB. Cependant, les plus récentes rumeurs laissent supposer que le groupe n’existerait plus. Ce serait bien dommage, j’avais hâte de les voir sur scène…

Majik Oly Loopy
Au printemps dernier, je vous avais brièvement parlé du disque solo de Majik Oly Loopy (le claviériste de la formation électro-burlesque Ze Zinjanthropes Brachycéphales FT’NG!) intitulé Fais pas mal à maman… je veux qu’on prothèse mammaire!. Un disque d’expérimentation instrumentale complètement sauté «qui recèle des centaines d’heures de programmation de séquences, d’enveloppes sonores et d’échantillonnages éhontés, de Thelonious Monk à Madonna, en passant par Esquivel et La Planète des singes!» selon son auteur. Un album à mi-chemin entre les musiques électro et actuelle qui déborde d’humour et de dérision, comme en témoignent des titres tels Orgasme de peluche, Saccharine mosh-pit, Chillin’ in Ze Libido Lounge ou Samba mongole! De plus, on y trouve trois pièces inédites du troisième album, avorté, des ZZB-FT’NG’. Si je vous en reparle maintenant, c’est qu’il est dorénavant distribué par Fusion III, donc plus facile à trouver. Je ne vous garantis pas que vous serez capable de l’écouter du début à la fin, mais vous vous amuserez un bon coup!

Erratum
Une autre bonne façon de commencer l’année, c’est de rectifier quelques niaiseries qu’on a pu dire dans la tourmente du rush d’avant les Fêtes…

– Le prochain album d’Overbass ne sera pas tout en français, mais bien en espagnol, en anglais et en français, question d’élargir leur territoire potentiel.

– Les scratchs vidéo du dernier Kabaret Kérozen étaient bel et bien l’ouvre du collectif Parano, mais pas exclusivement. On doit aussi à Izabel Grondin (une réalisatrice indépendante de films d’horreur), assistée de Karina Mariano, les images les plus sanglantes de la soirée.

– Dans le dernier numéro du journal, le Top 5 métal a été attribué à Claude Côté, notre spécialiste du jazz et du blues… Vous aurez deviné qu’il s’agissait plutôt des choix de Christine Fortier. (Celle-là, par contre, c’était pas de ma faute…)

à souligner
– Les soirées Stomp All Stars Ska Night, avec Planet Smashers, Kingpins, Gangster Politics et Flashlights, les 7 et 14 janvier, au Swimming (3643, boulevard Saint-Laurent).