

Les cinq ans de Macadam : Un pavé dans la mare
Parazelli Éric
Les publicités de Bell et de Mikes ont beau nous montrer des personnages punk caricaturés en attardés mentaux, il reste que la scène punk est animée par des jeunes normalement constitués qui possèdent tous une chose en commun: le désir d’avancer selon leurs propres règles. Une image à mille lieues du recyclage publicitaire débilitant de la marginalité, mais aussi assez loin de l’idée dépassée que les punks ne jurent que par l’anarchie et le No Future.
Pour Charles, homme à tout faire et fondateur du fanzine punk-rock-ska-oï francophone et local Macadam (qui fêtera le 30 janvier, au Club Soda, son cinquième anniversaire par un concert regroupant Les Parias, Les Fous Alliés, 2 Stone 2 Skank, Ordures ioniques et La Gachette), le mouvement punk de 1999 se démarque sensiblement de ses origines de la fin des années 70: «Ce qui reste de cette époque, c’est le rejet du système, sauf que maintenant la valeur la plus importante dans le milieu punk c’est l’aspect Do It Yourself. Et le fameux No Future du début est pris plus positivement; si je considère que j’ai pas d’avenir à l’intérieur de ce que nous propose la société, j’vais dire Fuck You, j’vais m’arranger par moi-même et j’vais m’en sortir. C’est une attitude que je considère même plus punk que celle des débuts parce qu’on doit assumer les conséquences de notre façon de penser par des actions concrètes. Et à l’intérieur de la scène il y a beaucoup de solidarité entre les groupes, et on ne sent pas vraiment de compétitions avec les autres fanzines comme Rien à déclarer à Sorel, L’Inconnu à Boisbriand, Fosse d’idées à Rouyn, Emo-rage-i à Laval ou Kérozen à Montréal. J’ai aussi l’impression que la scène provinciale se structure de mieux en mieux depuis un an ou deux.»
Selon Charles, lorsqu’on parle de punk, il faut faire une distinction entre le «vrai» punk et celui commercialisé par les multinationales du disque, qui, même si on peut s’y méprendre au niveau strictement musical, poursuivent deux buts totalement opposés et irréconciliables: «Des groupes comme Green Day, NOFX ou Rancid, moi, je ne les considère pas comme étant des groupes punk; à part la musique qu’ils font, ils sont très loin des valeurs punk. En ce qui les concerne, le système, ils sont dedans complètement. Ils sont signés par des multinationales qui ne pensent qu’à faire du cash. S’ils n’ont pas de problème avec ça, tant mieux. Mais je considère que si être punk, c’est choisir de rester en marge du système, on ne doit en aucun cas y participer. Par contre la commercialisation du punk a du bon parce qu’un jeune a plus de chances de découvrir ce style et de finir, en creusant un peu, par tomber sur des groupes plus underground qui eux, respectent la mentalité punk.»
Une mentalité qui, même si on a tendance à l’observer avec un sourire en coin, a permis à la gang de Macadam de produire onze numéros de leur excellent fanzine, dont le dernier (photocopié à deux mille exemplaires) est maintenant distribué gratuitement à travers la province; d’animer leur propre émission de radio sur les ondes de CISM; de lancer une compilation intitulée Sauvages québécois, en 96 (deux mille album vendus); et, pour 99, de préparer une compilation regroupant une vingtaine de groupes punk de France et du Québec, en plus d’organiser la tournée québécoise du groupe français Les Shériffs. No Future?y
Le 30 janvierAu Club Soda