Une série de concerts au théâtre La Chapelle rendait hommage à ANDRÉ RISTIC, et présentait les ouvres de onze compositeurs québécois, dont fait partie le musicien. Un événement réussi, qui a fait découvrir les richesses de la création d’ici.

L’an dernier à pareille date, le public montréalais avait bénéficié de plusieurs concerts entièrement consacrés au répertoire pianistique québécois, dans le cadre de la Semaine de musique québécoise pour le piano. Cette année, l’événement qui mérite d’être cité comme le plus important du même genre est la série de trois concerts articulés autour du pianiste André Ristic, et présentés les 7, 8 et 9 mai au Théâtre La Chapelle. Une nuance sépare toutefois les deux séries: «ristic claviers claviers ristic» intégrait le synthétiseur, le clavecin et le piano à son programme, créant une sorte de laboratoire autour des claviers.

Cette aventure à claviers multiples s’est avérée extrêmement intéressante. Avec ses collègues Karoline Leblanc, claveciniste, et Jacynthe Riverin, pianiste, André Ristic s’en est donné à cour joie dans trois programmes entièrement constitués de musique québécoise. Travail énorme, puisque monter un seul concert de musique contemporaine est déjà considérable. Heureusement, les trois artistes se partageaient le travail. Les créations, au nombre de neuf (!), étaient jouées lors des trois concerts, mais chaque programme avait ses particularités. On présentait presque uniquement les créations le premier soir, auxquelles s’ajoutaient, le second soir, trois ouvres de Serge Provost et, le troisième, les 29 Tracés solitaires d’humanité d’André Villeneuve.

Samedi 8 mai, l’atmosphère était impressionnante au Théâtre La Chapelle. Le public a écouté religieusement, dans une chaleur suffocante, ce concert d’une durée de presque deux heures et demie. La première ouvre au programme était une création aride de Francis Ubertelli, Approches 3, interprétée par André Ristic au piano. Dès la deuxième ouvre, Prélude IX-Dall’ultimo sole, de Silvio Palmieri, l’instinct musical de Ristic s’est fait entendre. Tout comme lors de la Semaine de musique québécoise pour le piano, où il créait d’autres préludes de Palmieri, le jeune pianiste a su donner une envergure émouvante à cette musique à la fois exubérante et profondément poétique. La création de Frenchy Dreams, de Dominique Lupien, pour clavecin et piano, était intéressante en ce qu’elle suggérait la rencontre, ou plutôt l’opposition de deux univers. La claveciniste Karoline Leblanc y semblait toutefois fort mal à l’aise. L’Étude pour un Pierrot, de Marc Hyland, pour piano quatre mains, jouée par Jacynthe Riverin et André Ristic, est une pièce énergique mettant l’accent sur le rythme. Elle précédait l’ouvre la plus décevante de la soirée, Distances, de Paul Frehner, écrite pour les trois claviers. Afin de s’amuser à nous confondre, André Ristic jouait du clavecin et Karoline Leblanc, du synthétiseur… Ce qui n’a pas suffi à rehausser le propos trop relâché de l’ouvre.

Le Prélude alcoolisé, d’André Ristic – eh oui, le pianiste est également compositeur -, ainsi que Les Cadavres exquis, de Jean Lesage, pièces interprétées au clavecin par Karoline Leblanc, ouvraient agréablement la seconde partie du concert. Elles précédaient La Brumeuse pour piano et synthétiseur et À qui volera le dernier pour les trois instruments – Ristic au synthétiseur et Karoline Leblanc au clavecin, cette fois – de Sean Pepperall, instigateur de ce projet claviers. Les deux ouvres, fort bien écrites dans un style plutôt léger, évoquaient surtout des musiques de scène. Trois ouvres pour piano, de Serge Provost, mettaient un point final magistral à ce concert. André Ristic a donné une interprétation bouleversante du Tombeau de Mishima, une ouvre sombre et d’une efficacité dramatique incontestable. Après avoir interprété également Étal-Surgissement, la vedette de ce concert laissait la place à la talentueuse pianiste Jacynthe Riverin, qui a joué avec brio La Cloche du temple.

Ce type d’événement, trop rare, possède une grande qualité: la cohérence. Il nous met en contact avec un univers donné, en l’occurrence, le répertoire québécois pour clavier. Que ce soit durant une ou trois soirées, le public avait le loisir d’appréhender cet univers de différentes façons, de comparer, de décider de ses préférences. La qualité des interprètes, en particulier le talent et la grande sensibilité d’André Ristic, a su donner l’envergure nécessaire à cette rencontre entre le public et la musique d’ici. Bis.

I Musici de Montréal: quinzième anniversaire
Qui se souvient encore qu’I Musici fut fondé en 1983? Ne dirait-on pas plutôt que l’orchestre de chambre montréalais fait depuis toujours partie de notre paysage musical? Pour ceux qui ne s’en souvenaient pas, et pour les autres: l’ensemble à cordes célèbre son quinzième anniversaire les jeudi 13 et vendredi 14 mai, à la salle Pollack. I Musici et son chef Yuli Turovsky recevront pour l’occasion Vladimir Spivakov, violoniste et fondateur de l’orchestre de chambre Les Virtuoses de Moscou. Spivakov interprétera le Concerto pour violon en do majeur de Haydn, ainsi que la Sonate no 1 pour violon et orchestre de chambre de Schnittke. I Musici créera de plus une ouvre composée pour son 15e anniversaire par le compositeur québécois Denis Gougeon, Coups d’archets. On pourra y entendre Yuli Turovsky au violoncelle, dans un solo initial. En fin de programme, I Musici interprétera un de ses succès, le Sextuor en ré mineur opus 70 «Souvenir de Florence» de Tchaïkovski, compositeur cher à l’ensemble et surtout à son chef.

Depuis ses débuts, I Musici a connu une croissance considérable. Il donne maintenant une centaine de concerts par année, enregistre régulièrement avec la maison Chandos, et tourne presque dans le monde entier. En mars dernier, il recevait le Grand Prix 1998 du Conseil des arts de la Communauté urbaine de Montréal, pour sa contribution exceptionnelle au rayonnement de la musique sur le territoire de la CUM.

Jeudi 13 et vendredi 14 mai, 20 h
À la salle Pollack

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Daniel Taylor et Bruce Haynes: Bach, Arias et hautbois d’amour (Atma)

Pour ceux qui attendaient un disque tout Daniel Taylor, cet enregistrement consacré à Bach sera peut-être une déception. Toutefois, son thème est bel et bien le Cantor de Leipzig et non pas l’alto masculin, nouvelle coqueluche du public montréalais – ce qui correspond d’ailleurs mieux au désir du chanteur, qui préfère s’effacer devant la musique plutôt que de nourrir un culte de la personnalité… Daniel Taylor partage le contenu de cette parution Atma avec Bruce Haynes au hautbois d’amour, cet instrument à la sonorité à la fois aigre et veloutée, troublante, presque humaine. On pourrait pratiquement dire que l’ambiguïté du timbre du hautbois d’amour y rejoint celle de la voix de Taylor. Deux concertos pour hautbois d’amour côtoient des airs extraits de cantates, de la Passion selon saint Matthieu, de la Messe en si mineur et de l’Oratorio de Pâques. Un petit ensemble accompagne les solistes. Un bel enregistrement.

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