Musique

Festival Duo-Piano : Double jeu

Le Festival international de Duo-Piano du Québec présentait la semaine dernière une édition fort réussie. L’occasion de découvrir des interprètes de très grand talent.

Chapeau au concert-gala de la dernière édition du Festival de Duo-Piano du Québec, présenté le 19 août dernier à la salle Pierre-Mercure. Puisqu’il s’agissait presque d’une gageure, on peut dire que l’organisatrice du Festival, Dominique Morel, avait bien parié sur ce qui allait faire de ce concert un événement mémorable: la rencontre de deux mondes esthétiquement opposés. Ces deux mondes étaient représentés d’une part par le duo formé d’Elena Sorokina et d’Alexander Bakhchiev, d’autre part par le duo des pianistes Gennady Pystine et Igor Tsygankov. D’un côté, deux «artistes émérites de Russie», présidents de l’association des duos-piano de toute la Russie. De l’autre, de jeunes et fougueux interprètes qui se dévouent pour le développement et la diffusion de leur passion, en organisant des festivals de duo-piano dans leur région, la Sibérie. Deux duos menant également une carrière internationale de grande envergure dans leur discipline.

Avant d’entendre ces formations de styles si différents, nous avons eu l’occasion d’écouter Dominique Morel et Douglas Nemish exécuter avec brio la Sonate pour deux pianos de Poulenc. Comme à l’accoutumée, ces musiciens – inévitablement complices – nous ont donné une très belle interprétation empreinte de sérieux, malgré la légèreté de l’oeuvre. On sentait le duo en pleine possession de ses moyens, et Nemish nous a livré de très belles phrases qui transcendaient l’esprit ludique de Poulenc.

Le duo Sorokina-Bakhchiev interprétait immédiatement après le Concerto en mi bémol majeur, KV 365 de Mozart, avec l’orchestre de chambre I Musici de Montréal sous la direction de Yuli Turovsky. D’entrée de jeu, les Sorokina-Bakhchiev nous font sentir la noblesse qui les habite. Démarche lente, apparence détendue, port de reine d’Elena Sorokina, le duo impressionne par sa dignité. Leur Mozart est, lui aussi, noble, respectueux, raffiné au possible. Pas d’effets: avec eux, seulement la musique. Chose étonnante, les duettistes n’ont même plus besoin de se regarder pour être parfaitement, infailliblement ensemble. Il faut dire que leur association date de plusieurs décennies… Interprétation superbe, donc, mais malheureusement entachée de problèmes de justesse de la part de l’orchestre.

Les Pystine-Tsygankov, quant à eux, ont plongé d’emblée le public de la salle Pierre-Mercure dans une atmosphère de théâtre. La Suite «Gogol» d’Alfred Schnittke, qu’ils interprétaient tout de suite après l’entracte, mettait en valeur leurs qualités les plus frappantes: une énergie débordante, ainsi qu’une intelligence du jeu scénique qui fait souvent défaut aux musiciens. Assortie d’extraits du texte du Journal d’un fou, de Gogol, dits en russe, la suite nous a transportés en imagination dans un petit théâtre sibérien animé par l’énergie de ces interprètes fascinants. Et la musique, dans tout ça? Elle n’allait pas tarder à s’exprimer par le biais d’un rappel impromptu donné en l’honneur de Dominique Morel. Ce geste, empreint d’une galanterie émouvante, nous a permis d’apprécier la musicalité exceptionnelle des duettistes, la poésie de leur jeu, servie par un contrôle admirable de la sonorité.

Une autre oeuvre de Schnittke suivait, le Concerto pour piano à quatre mains et orchestre de chambre. Accompagnés par un I Musici très énergique et plus impliqué que dans Mozart, les Pystine-Tsygankov ont joué avec force cette oeuvre d’une facture plus sévère que la Suite «Gogol». Un concert excitant, qui donnait l’impression d’assister à un moment de vraie musique.

La Fête de la musique
Pour une quatrième année consécutive, la Fête de la musique à Tremblant sera présentée au début septembre, dans le village du même nom. Cette fois-ci, la Fête sera toutefois répartie sur un plus grand nombre de jours. La directrice artistique du Festival, la violoniste Angèle Dubeau, a préparé pour l’occasion une programmation très variée qui fera de cette Fête de la musique un événement éclaté, où chacun pourra trouver son compte. En tout, plus de 130 musiciens, d’allégeance jazz ou classique, folklorique ou médiévale. On pourra entendre le claveciniste Luc Beauséjour, le Choeur de l’École FACE, les tambours japonais Arashi Daïko, l’Ensemble Claude Gervaise, les tam-tams du Mont-Royal, Celli Etcetera, les percussionnistes de Tuyo, un quatuor formé de musiciens de I Musici, et assister à une nouvelle initiative, les ateliers de création avec l’artiste inventeur Florent Veilleux.

Outre les concerts de fin d’après-midi, les fêtes thématiques, un tour du monde en musique, les Croisières musicales sur le lac Tremblant et le Concert de clôture avec les cornemuses des Black Watch Pipers, trois concerts «événements» seront présentés les 3, 4 et 5 septembre, dont un avec la soprano Suzie LeBlanc et le luthiste Paul O’Dette. À l’exception de ces trois concerts et du Festin médiéval avec l’Ensemble Strada, la plupart des spectacles de la Fête sont gratuits. Si on ne peut se rendre à Tremblant, on peut tout de même profiter du fait que la Chaîne culturelle de Radio-Canada participera à l’événement à titre de diffuseur officiel.

Du 28 août au 6 septembre, village de Tremblant
Réservations et renseignements: 1-88-Tremblant