Soul Brains : L'exode des cerveaux
Musique

Soul Brains : L’exode des cerveaux

Après de multiples péripéties, la mythique formation de Washington DC, réunifiée dans sa forme originale mais sous un nouveau nom, nous rendra visite après quelques rendez-vous ratés. Les vieux démons se seraient-ils envolés avec cette nouvelle incarnation? Pas sûr…

À l’instar d’un autre leader américain célèbre, qui a tendance à aller humecter son cigare ailleurs mais qui revient toujours à la cellule familiale, le chanteur HR, de la mythique formation de Washington, DC, anciennement connue sous le nom de Bad Brains, est également de retour au bercail… et veut vous faire croire que c’est pour de bon. Or, après trois courtes minutes au téléphone avec lui, difficile de croire que son usage de psychotropes puissants est bien chose du passé: «Vous en êtes à une quinzaine de spectacles au cours de cette tournée. D’où appelles-tu?» «De la planète Terre, man… Oui, dis à tous les hommes, les femmes et les enfants que Soul Brains s’en vient, grâce à Jah… Bon, je dois partir; s’il y a autre chose, parle à mon gérant…» Après de vaines tentatives pour joindre Daryl Jenifer, le bassiste du groupe, j’ai dû effectivement me tourner vers le gérant, Noel Baker, pour obtenir un bilan de la première année de Soul Brains.

Baker a débuté en tant que directeur technique pour HR vers 97, et en est devenu le gérant attitré, puis ensuite celui de Soul Brains, la formation originale réunifiée qui, d’après la version «officielle» du groupe, a été rebaptisée par HR pour «sortir du négativisme passé», non pas, comme le disent les rumeurs, parce que Madonna détiendrait les droits légaux sur leur ancien nom. Or, pendant les quelques mois de cette dernière rupture, HR en a profité pour s’éloigner du monde du rock et se consacrer à des projets solos strictement reggae (pas aussi concluants ni convaincants qu’il l’aurait souhaité, d’après ce qu’on en dit) et, par la même occasion, «combattre ses démons» (pas concluant non plus, d’après notre court entretien…).

Noel Baker rappelle l’historique du groupe. Mind Power, sa première incarnation, voit le jour vers 1976 et donne dans le genre jazz fusion (?!) à la Mahavishnu Orchestra et Return to Forever. Deux ans plus tard, un ami leur fait découvrir les Sex Pistols, et ils combineront cette attitude rebelle avec le reggae que HR, dont la mère est jamaïcaine, affectionne particulièrement pour créer le son de Bad Brains: pesant, rapide et ultra-précis, qui influencera bon nombre de formations hardcore américaines, et qui donnera naissance à la vague de «black heavy rock» qui engendrera Living Colour et 24-7 Spyz. Malgré tous les déboires qu’on leur connaît, les problèmes de drogue et de comportement de HR, son incarcération, ses départs et ses retours, Bad Brains réussira à se tailler une solide réputation auprès d’un vaste public à travers le monde. Après un hiatus de quatre ans, les Bad Brains se font Soul et entreprennent une tournée de deux mois.

Ce Reunion Tour serait plus qu’une stratégie de marketing: «On aurait pu l’appeler le Celebration Tour, puisque les membres du groupe sont réunis depuis un an, mais n’avaient pas eu l’occasion de se produire dans toutes les grandes villes nord-américaines», explique le gérant. Soul Brains en est présentement à une vingtaine de concerts sur trente-cinq, et ils ont tous eu lieu, tient-il à souligner. Il s’agit donc bel et bien d’une réunion – les gars ont même enregistré deux nouvelles chansons l’été dernier à New York, dont On Like Popcorn qu’ils ont l’intention de vous présenter lors de leur spectacle à Montréal», affirme Baker de son ton le plus convaincant. Justement, parlons-en de leurs «égards» envers Montréal… Le groupe nous en doit trois plutôt qu’une: à son avant-dernière visite, HR n’avait pu franchir les douanes canadiennes à cause d’un casier judiciaire américain. La dernière fois, le groupe devait se produire en première partie des Beastie Boys: «C’était à l’époque où HR avait beaucoup de problèmes personnels. Je n’ai pas été impliqué dans cette affaire, mais il y eut une confrontation physique entre le gérant des Beasties et lui; il fut arrêté mais les accusations furent finalement retirées. Toutes les demandes de permis et de visas sont en règle cette fois; c’est maintenant l’occasion de se reprendre», d’ajouter Baker d’un air penaud…

Depuis quatre ans, les musiciens en ont profité pour développer des projets individuels qu’ils n’ont mis sur la glace que pour la durée de cette tournée. Noel explique: «Daryl Jenifer élabore présentement un album avec le label Ruckus, évidemment dans une veine plus hip-hop, et dirige également sa propre formation hardcore, Stealth. De son côté, Doc (le guitariste Dr. Know) prépare une tournée de la Côte-Ouest avec sa propre formation, Black Guard. HR, lui, continue ses projets solos également, mais met le gros de son énergie sur Soul Brains.» Moi qui tenais à interviewer l’esprit rassembleur de Soul Brains… mission accomplie!

Le 11 février
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