L’an dernier, le Festival d’été avait causé une belle surprise en présentant une programmation particulièrement éclatée, qui faisait une belle place aux musiques électroniques et aux manieurs de platine. Lorsqu’on jette un oeil à l’alignement de la prochaine édition, qui se tiendra du 6 au 16 juillet, on a l’impression que les programmateurs ont fait preuve d’un peu moins d’audace. Mais ce n’est qu’une apparence. Car en scrutant les grilles horaires avec attention, on constate que, en dehors des têtes d’affiche un peu convenues, les rendez-vous inusités sont nombreux.
Plaines d’Abraham
Comme on le pressentait déjà l’an dernier, le Festival d’été tend de plus en plus à «spécialiser» ses scènes. Chaque espace a une fonction bien définie, voire un mandat à remplir. De toute évidence, la scène des plaines d’Abraham doit attirer un large public, toutes générations confondues. Érigée derrière le manège militaire, elle sera une fois de plus la vitrine québécoise du Festival, puisque la très grande majorité des artistes qui la fouleront sont des figures connues du rock d’ici. On peut d’ores et déjà s’attendre à d’immenses succès de foule pour les soirées d’ouverture et de fermeture, respectivement confiées à Éric Lapointe et Kevin Parent. Même chose pour Michel Pagliaro, dont les trop rares concerts sont toujours des moments électrisants.
Outre le doublé hard réunissant GrimSkunk et les Français Mass Hysteria, et la soirée soul-pop mettant en vedette Soul Attorneys et le Torontois Jacksoul, c’est le rock dans ses formes plus populaires qui prime. Tout juste avant le grand Pag, Les Respectables honoreront une première invitation au Festival, tout comme Nicola Ciccone et Les Cowboys Fringants. Côté vedettes établies, notons Robert Charlebois, Claude Léveillée, le tandem Jalbert-Bigras, Luce Dufault et l’incomparable Plume. Blue Rodeo et The Tea Party figurent au nombre des quelques artistes à qui on a d’ailleurs offert la grand scène.
Parc de la Francophonie
L’espèce d’amphithéâtre naturel qu’est le parc de la Francophonie (anciennement le Pigeonnier) offre plus d’intimité que les plaines d’Abraham. Traditionnellement, le Festival y présente des visages connus qui gagnent à se produire dans un environnement où le contact avec le public est facilité. L’espace est tout désigné pour la chanson. Ainsi, Sylvain Lelièvre, Gilles Vigneault, Chloé Sainte-Marie, Paule-Andrée Cassidy et le sympathique Urbain Desbois profiteront de cette relative proximité. C’est aussi là qu’on pourra assister à l’éternel retour de Philippe Lafontaine, précédé de ses compatriotes Philmarie et Daniel Hélin. Les fans de pop audacieuse, atmosphérique et bien sentie seront heureux d’apprendre que l’inclassable Andy Stochansky s’y produira, juste avant que Jorane vienne nous présenter les morceaux qu’elle enregistre actuellement en vue d’un nouveau disque.
Dans un registre qui nécessite plus de décibels, le parc de la Francophonie sera de nouveau l’hôte d’un contingent de groupes rap réunis sous la bannière Connection Hip-Hop. Au moment de mettre sous presse, on ne connaissait que trois des participants à cette soirée qui sera sans doute fort courue: Sans Pression, Yvon Krevé et, comme plat de résistance, La Brigade. Les mélomanes plus âgés pourront jeter leur dévolu sur les bluesmen Taj Mahal et Colin James, renouer avec Debashish Battacharya ou avec Oregon, formation d’une finesse et d’une intelligence exceptionnelles qui fait beaucoup appel à une instrumentation indienne.
D’Auteuil
Carrefour des nouvelles tendances, des coups de coeur téméraires et des créateurs qui n’ont pas froid aux yeux, le D’Auteuil est, depuis l’an dernier, «l’espace découvertes» du Festival d’été. Quoique éclectique, on remarque que sa programmation est axée sur des musiques bâtardes mais combien fascinantes, qui mélangent tradition et sonorités életroniques. De l’ethno-techno, quoi. Ramasutra y présentera les mélopées envoûtantes de son premier disque (The East Infection), Ekova ses musiques rêveuses aux accents moyen-orientaux, tandis que Bossa Très Jazz et Fantastic Plastic Machines nous en mettront plein les oreilles avec leurs bossa nova et samba adaptées au nouveau millénaire.
La chanson aussi s’éclatera dans l’atmosphère unique du D’Auteuil. En effet, Philippe Katerine y sera avec ses chansons-créatures, tout comme l’indomptable Fred Fortin et un certain Hawksley Workman, qu’on présente comme un croisement improbable entre les univers d’Andy Stochansky et du défunt Jeff Buckley.
L’un des tours de force du Festival est certainement ce programme double réunissant Michel Houellebecq et Maurice G. Dantec. D’un côté, un poète et romancier controversé tombé dans le funk, de l’autre, un auteur de polar d’anticipation versé dans les écrits de Deleuze et les musiques d’avant-garde. Déroutant… Impossible de ne pas mentionner la visite du Lullaby Baxter Trio, ensemble jazz montréalais atypique qui fait des vagues jusqu’en Europe.
Place D’Youville
Italie, Écosse, Mali, Cameroun, comme d’habitude, les musiques du monde entier se donnent rendez-vous sur la petite scène de la place D’Youville. En plus d’une petite délégation africaine (Sally Nyolo, René Lacaille, Amadou & Mariam et Tartit), des Français et des Américains (Ned Sublette, Sacha Distel, Marc Ribot, P-18, Les Nubians, Fred Galliano), on y verra une pléiade de musiciens indiens. Prises dans leur ensemble, les prestations de ces artistes divers montrent le parcours des musiques de l’Inde, depuis la musique gitane du Rajasthan, à la musique populaire caractéristique du cinéma de Bombay. Musafir (une troupe de 14 chanteurs et danseurs), Debashish Battacharya, Trilok Gurtu et Ramasutra sont les piliers de ce volet thématique à la fois coloré et actuel, à l’image d’un festial dense, mais pas tape-à-l’oeil.