

Arab Strap : Noir, c’est noir
"On ne fait pas de musique déprimante, je trouve qu’au contraire, c’est une expérience assez positive." Si cette affirmation sortait de la bouche d’un membre d’une formation pop, tout cela serait parfaitement normal; mais de la part d’Aidan Moffat, leader tourmenté du duo écossais Arab Strap, ça sonne un peu bizarre.
Frédéric Boudreault
"On ne fait pas de musique déprimante, je trouve qu’au contraire, c’est une expérience assez positive." Si cette affirmation sortait de la bouche d’un membre d’une formation pop, tout cela serait parfaitement normal; mais de la part d’Aidan Moffat, leader tourmenté du duo écossais Arab Strap, ça sonne un peu bizarre. Autant sa musique est triste, autant, étrangement, Moffat semble plutôt enjoué en entrevue, répondant aux questions en faisant souvent des blagues. Et, pour brouiller encore plus les pistes, sur le quatrième album du groupe, The Red Thread, on sent qu’il y a un peu de lumière dans toute cette grisaille. Le ton reste toujours intime, mais musicalement, ça bouge beaucoup plus. On entend même des rythmes électroniques sur Turbulence (annonciatrice, selon Aidan, d’un nouveau virage pour le groupe); tandis que Love Detective et Last Orders nous transportent à des années-lumière du son minimaliste, quasiment austère, des trois premiers disques.
Interrogé quant à cette nouvelle direction empruntée par Arab Strap, Aidan semble particulièrement satisfait, n’ayant pas peur d’affirmer que The Red Thread est leur meilleur album jusqu’à maintenant. "C’est la première fois qu’on a trouvé un équilibre parfait entre les mots et la musique. Il s’agit d’un album qui soulève des doutes, qui parle de la peur de ne pas savoir ce qui va arriver. Et pourtant, on n’est jamais allés aussi loin…"
Après le succès étonnant de Philophobia, en 1998, les événements se sont enchaînées rapidement pour le groupe, et les offres ont afflué de toutes parts. Il est étonnant de constater que des chansons parlant crûment de sexe, de ruptures amoureuses et de déchéance aient pu trouver un si large écho en Angleterre. Ironiquement, c’est après avoir signé un contrat avec une plus grosse compagnie de disques, Go! Beat Records, qu’Arab Strap a lancé Elephant Shoe, son album le plus difficile, le plus noir. Au grand désespoir des gens de la compagnie, qui ne savaient quoi inventer pour faire mousser les ventes de ce disque. Quand on a exigé d’eux des compromis pour leur prochain enregistrement, Aidan et le guitariste Malcolm Middleton ont claqué la porte, refusant qu’on touche à leur liberté de création. Retour à la case départ: Arab Strap revient à ses anciennes amours en sortant The Red Thread sur Chemikal Underground, l’étiquette de Stewart Henderson, des Delgados. "Chez Go! Beat, personne ne respectait notre opinion. Au départ, tout allait bien, mais c’est au moment où Elephant Shoe fut terminé que les problèmes ont commencé. Pour nous, c’était important d’avoir une liberté totale, et c’est qu’on a avec Chemikal Underground", souligne Aidan.
Il faut dire qu’Arab Strap n’a jamais eu peur d’aller loin. À quelques reprises, Aidan a écrit des pièces assez explicites sur ses anciennes copines (l’une d’entre elles s’est même plainte par le biais des journaux) et, en 1996, le maire de leur bled natal, Falkirk, les a reniés après le lancement de leur premier disque, The Week Never Starts Round Here, parce que le leader avait dépeint ses concitoyens comme de pauvres paumés alcooliques et drogués. Aidan se fout éperdument de la réaction des gens, maintenant qu’il a été honnête dans ce qu’il écrivait. "En autant que je ne mente pas, je ne vois pas pourquoi je me censurerais", a-t-il lancé pendant l’entrevue, sans la moindre trace de remords.
Pour sa deuxième visite en Amérique du Nord, Aidan espère être un peu plus divertissant que la dernière fois, car le public avait assez mal réagi. Pas évident, en effet, d’apprécier un show devant lequel le leader chante les yeux fermés et n’interagit absolument pas avec les spectateurs. Même s’il n’est pas encore totalement à l’aise sur une scène, Aidan promet de faire des efforts cette fois-ci. "On a réalisé récemment une tournée en Australie, et je peux te dire que j’étais pas mal bavard!" Vraiment surprenant, cet Aidan…
Le 12 avril
À la Casa del Popolo
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