Gilles Corbeil : De bruit et de fureur
Musique

Gilles Corbeil : De bruit et de fureur

Une expérience musicale singulière est offerte par Réseaux, à Ex-Centris. Pour une neuvième année, la série Rien à voir propose des concerts qui feront découvrir la musique électroacoustique, dans des créations originales québécoises et étrangères. Un must.

Êtes-vous déjà allé au cinéma pour ne rien voir sur l’écran? C’est pourtant l’invitation que nous fait Réseaux, la Société de concerts de musique électroacoustique. "Au moment de la conception du complexe Ex-Centris, confie Gilles Gobeil, l’un des cofondateurs de Réseaux, nous nous sommes entendus avec Daniel Langlois pour créer un lieu propice à la diffusion de la musique acousmatique. La ventilation vient donc du dessous des sièges plutôt que du plafond où sont installés 35 haut-parleurs, de sorte que les silences souhaités par les compositeurs sont de véritables silences."

Eh oui, comme la musique instrumentale traditionnelle, l’électroacoustique comporte parfois des silences. Si, pour des auditeurs non avertis, ce qui tourne autour des silences ressemble davantage à du bruit qu’à de la musique, selon Francis Dhomont, célèbre créateur et professeur de Gilles Gobeil, l’électro revêt autant d’importance dans l’histoire de la musique que l’Ars nova, période allant de 1300 à 1377 et ayant fortement influencé toute la polyphonie.

Pour sa neuvième série Rien à voir, la société Réseaux propose donc, du 9 au 12 avril, neuf concerts d’environ une heure chacun, en quatre soirées divisées en deux parties (carte blanche à l’invité, à 19 h, et concert solo, à 21 h), la quatrième soirée étant précédée d’un concert, à 17 h, destiné à faire connaître la relève.

"Les différents invités sont tous des compositeurs émérites, qui ont des voix personnelles, nous assure Gobeil. Adrian Moore (lundi 9 avril) s’inscrit dans le courant de la qualité d’écoute des Anglos, qualité propre à ces insulaires et très particulière. Quant à Régis Renouard Larivière (mardi 10), sa démarche va plus dans le sens de la réflexion, de l’intériorité. L’Argentine Beatriz Ferreyra (jeudi 12) est une figure de proue de l’électro, ayant participé notamment à la réalisation du Solfège de l’objet sonore avec Pierre Schaeffer."

Mercredi 11 avril, c’est Gilles Gobeil lui-même qui sera à la console pour nous faire entendre ses coups de coeur, dont un extrait du Gesang der Jünglinge (Chant des adolescents), oeuvre datant de 1955-56 de Karlheins Stockhausen, et Tropisme (2000) d’Aliocha Van Der Avoort; mais aussi, et en première, des créations qui figureront sur son prochain disque, sur le point de sortir chez empreintes DIGITALes.

"Ce que je souhaite, conclut Gobeil, c’est que les gens prennent le temps de s’asseoir sur les sièges très confortables de la salle Fellini et qu’ils ouvrent bien grandes leurs oreilles, plongés presque dans l’obscurité, pour se laisser séduire par les sons."

Signalons finalement qu’on peut consulter le site www.rien.qc.ca et que les billets se vendent au prix d’une entrée de cinéma; il est aussi possible de se procurer un passeport à prix doux pour les neuf concerts.

PROMESSES D’AVENIR, CONCERT GRATUIT DE L’ORCHESTRE DE L’UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL (OUM)
Encore une soirée russe! Décidément, ce répertoire inspire nos chefs et directeurs musicaux. Ainsi, Prokofiev (ouverture de l’opéra Guerre et Paix, Concerto pour piano no 2) et Chostakovitch (Symphonie no 5) sont au programme, salle Claude-Champagne, samedi 7 avril, à 20 h, du concert de l’OUM sous la direction du talentueux Jean-François Rivest (voir l’appréciation de son disque Mozart plus loin). C’est à Jimmy Brière, lauréat du Concours de l’OUM 2000, que revient la tâche de défendre le négligé prédécesseur du célébrissime troisième concerto de Prokofiev. Ce deuxième concerto pour piano – terminé en 1913 et réécrit en 1923, la partition d’orchestre ayant été détruite dans un incendie en 1918 – est pourtant tout aussi prodigieux d’invention mélodique et de rigueur rythmique, et demande des nerfs d’acier au pianiste, qui doit marteler le clavier pendant plus d’une trentaine de minutes. Ne serait-ce que pour faire connaissance avec ce sommet du répertoire concertant, ce concert gratuit, répétons-le, devrait valoir le déplacement.

CONCERTS DU TEMPS PASCAL
Pâques est l’occasion rêvée pour entendre le Stabat Mater (relatant les douleurs de la Vierge pendant la Passion) de Dvoøák, donné à la basilique Notre-Dame, mercredi 11 avril, à 19 h 30, par quatre chanteurs solistes et l’Orchestre symphonique de Montréal, dirigés par Charles Dutoit, lequel sera aussi à la tête de son orchestre les mardi 10 et jeudi 12, salle Wilfrid-Pelletier, dans la musique de ballet Khamma de Debussy, la sublime Sinfonia semplice de Carl Nielsen et l’également sublime concerto pour violon de Brahms, avec Viktoria Mullova. Quant au Grand Choeur de Montréal, il présente le Requiem de Mozart et Les Sept Paroles du Christ de Théodore Dubois (auteur d’un célèbre Traité d’harmonie), à 20 h, les mercredi 11 et vendredi saint 13 avril, à la crypte de l’oratoire Saint-Joseph; avec les solistes Marie-Danièle Parent, Noëlla Huet, Michiel Schrey et Marc Boucher, et un orchestre de 40 musiciens, sous la direction de Martin Dagenais.

MOZART: CONCERTO POUR PIANO NO 23 ET SYMPHONIE NO 41 "JUPITER" (ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE LAVAL, ALAIN LEFÈVRE, PIANO, ET JEAN-FRANÇOIS RIVEST, CHEF – DISQUES RICHE LIEU)
En entrevue, Alain Lefèvre se demandait bien candidement pour quelle raison les mélomanes désireux de se procurer un enregistrement du no 23 choisiraient sa version plutôt qu’une autre parmi la multitude de grandes réalisations qui inondent déjà le marché… Cette raison, c’est le choix délibéré de réduire les cordes à leurs pupitres solistes dans l’accompagnement du piano, démarche qui permet de très bien entendre les échanges entre les cordes, les vents et le piano, qui s’adonnent en fait à de la musique de chambre, plus intimiste, moins dense que ce que l’on entend habituellement. Par son doigté gracieux, sans mièvrerie, Lefèvre nous emmène avec lui explorer le monde secret de Mozart et nous charme du début à la fin. Il faut dire que la participation de Jean-François Rivest compte pour beaucoup dans cette réussite, ainsi que la qualité de la prise de son. Rivest opte d’ailleurs pour toutes les reprises dans l’exécution de l’ultime symphonie de Mozart, ce qui nous vaut une durée un peu plus longue que de coutume. Le chef imprègne la "Jupiter" de toute la grandeur majestueuse qu’on lui associe, sans allure pompeuse toutefois, et dirige ses troupes avec dynamisme et souplesse. Qu’on écoute l’adagio du concerto et l’andante cantabile de la symphonie pour apprécier ce qu’il peut tirer du jeu de ses musiciens ! Un bien beau disque, et pas simplement un ajout de plus sur les rayons des disquaires.