

Retour de son : FIJM
Encore une autre édition qui se termine laissant de beaux souvenirs….
Ben Harper
Le 2 juillet au Métropolis
À jeter par terre
Préalablement réchauffée par le torontois K-Os, qui connaissait manifestement tous les secrets pour conquérir le public de Ben Harper (ne pas jouer trop longtemps, privilégier le reggae au hip-hop et éviter les séquenceurs), c’est devant une foule conquise d’avance que le Californien fit son entrée. Galvanisé par l’accueil, Harper comprit rapidement qu’il pouvait se permettre n’importe quoi, tel un prêtre à la messe pascale. Il enchaîna donc un concert ultra rock, probablement le plus heavy qu’il ait donné dans la métropole, évitant toutes pièces intimes. On l’avait rarement vu en aussi grande forme. C’est finalement lors du rappel, presque aussi long que le premier assaut, qu’Harper s’installa seul avec sa guitare, l’instant d’une longue séduction ultime. Résultat: cinq évanouissements dans un périmètre de seulement trois mètres, pour trois heures de spectacle. (Olivier Robillard Laveaux)
Daniel Lanois
Le 30 juin au Métropolis
Cavalier seul
Accompagné d’un batteur et d’un bassiste, Daniel Lanois repassait au festival avec son sublime Shine sous le bras, paru plus tôt cette année. Dans un Métropolis assis, la grande messe anticipée de la chanson d’auteur a bel et bien eu lieu. Le réconfortant filet de voix du multi-instrumentiste et réalisateur a habité chaque recoin de l’immense salle, créant toute l’intimité souhaitée. À l’aise comme pas un lorsqu’il est seul, Lanois nous a refait le coup du déraciné de Gatineau avec quelques anecdotes fort appréciées du public, qui ne demandait qu’à boire ses paroles. Par-dessus tout, on se rappellera d’un album, Shine, qui a connu une seconde consécration, cette fois, sur scène. On s’incline. (Claude Côté)
Esbjörn Svenson trio (EST)
Le 30 juin au Spectrum
À l’ombre du Scandinave
Véritable moment de grâce, le concert du trio dirigé par le pianiste suédois Esbjörn Svenson se classe aisément parmi les meilleurs de cette édition. Méthodiquement, l’alchimiste du jazz scandinave et libre-penseur de la composition s’est appliqué tout au long de sa prestation à ériger des structures musicales amovibles, loin des conventions, à installer les intrigues d’un scénario singulier avec une série de passages qu’on pourrait qualifier d’impressionnistes: quelque part entre Bill Evans et Keith Jarret. Rarement avons-nous décroché de cette communion à trois: batteur et contrebassiste sont plus que de simples faire-valoir, à leur manière ils exultent avec une rythmique complètement inventive et allumée. Dans de tels cas, seule la musique vous procure ce passeport pour l’inconnu. L’osmose. (C. Côté)
Gismonti – piano Solo
Le 7 juillet au Monument National
Silence, on joue!
Bonnet blanc, chemise rouge et crinière grise tombant sur son dos comme une queue de castor, le Brésilien Egberto Gismonti ressemblait à un étrange trappeur qui aurait laissé son humour au vestiaire. Personnage impressionnant par sa concentration et par la force de caractère qui émane sans cesse de sa musique, le compositeur avait choisi de ne pas prononcer le moindre mot ce soir-là. Mais il a pris possession du piano, et le Monument national tout entier a lévité pendant soixante-quinze minutes dans un état de béatitude et de contemplation. L’émouvant Don Quixotte, son Infancia magnifique, un Frevo littéralement foudroyant, j’ai entendu des silences dans des salles polies, mais rarement comme celui-ci; absolu, tendu, où l’on sentait tout le public suspendu aux moindres inflexions des doigts du concertiste. Un moment fort, comme en dehors du temps. (Ralph Boncy)
Sheila Jordan
Le mercredi 2 juillet au nouveau Club Soda
Trois femmes d’exception
Pour certains, Sheila Jordan est la plus grande chanteuse de jazz. Pas de celles qui ont une voix puissante, mais de celles qui, pour reprendre son expression, ont une "petite voix" et qui ont l’émotion à fleur de peau. Dans la filiation de Billie Holiday, de Nina Simone, d’Abbey Lincoln. Chanteuse née cependant dans le bop et pour qui le scat n’est qu’un moyen de souligner le texte. Voix de l’intimité. Le trio de Steve Kuhn accompagne Jordan avec discrétion. L’on ne saurait passer sous silence la classe du grand contrebassiste David Finck (contrebassiste de studio que l’on retrouve derrière plusieurs vocalistes comme Mark Murphy ou des artistes produits par Phil Ramone, comme Rod Stewart ou Peter Cincotti). (Denys Lelièvre)
Geri Allen
Le jeudi le 3 juillet au Monument-National
Le concert de Geri Allen a confirmé ce dont le disque de Charlie Haden (The Montreal Tapes) témoignait en 1989: elle est une des pianistes américaines les plus douées des trente dernières années. Musique lumineuse. Des compositions dont la structure n’a d’égal que les compositions de Wayne Shorter. Évoquant la mort du pianiste Mal Waldron, Geri Allen interprète Soul Eyes (dont la version la plus connue est de Coltrane) et l’oeil mouillé, la voix cassée, confie: "I miss him so much!". Le moment le plus émouvant de mes dix jours au Festival. Coup de coeur d’entre les coups de coeur! (D. Lelièvre)
Carmen Lundy
Le vendredi 4 juillet au nouveau Club Soda
Carmen Lundy a donné une performance égale à celle des meilleures de Betty Carter et de Diane Reeves. Une prestation qui permet de la hisser au rang des grandes chanteuses noires actuelles. Avec sa voix chaleureuse, ses textes, ses arrangements, son humour, sa présence en scène, elle est allée chercher un public qui la connaissait peu. Elle était extrêmement bien accompagnée par un trio constitué du polyvalent Anthony Womsey (encore lui!) au piano, de son frère Curtis Lundy à la contrebasse et de Victor Lewis, l’un des grands batteurs des années 80. (D. Lelièvre)