Mathieu Boogaerts : Charge éclectique
Musique

Mathieu Boogaerts : Charge éclectique

Il nous avait agréablement surpris en compagnie de Vincent Delerm, il y a quelques mois. Le revoici en première partie de Philippe Katerine pour une soirée assurément forte en  spontanéité.

Cela fait exactement vingt ans qu’une guitare est tombée entre les mains du Français Mathieu Boogaerts. C’est cependant au milieu des années 90 qu’il se lance vraiment dans l’aventure musicale, après s’être spécialisé dans les voyages autour du monde. Ces derniers l’ont mené partout, de la Guinée au Ghana, du Sénégal à la Chine, du Japon à la Jordanie, en Scandinavie, au Brésil, etc., ce qui explique l’indicible métissage qui traverse ses chansons: folk, reggae, world, pop, jazz, tout y dialogue avec bonheur derrière une voix un peu fluette, à peine soulevée par un détachement qui rend caduques des tonnes et des tonnes de rock usiné.

Sorte de M en version plus peace, Boogaerts refuse malgré tout d’être reconnu comme un grand voyageur: "Depuis sept ou dix ans, j’articule ma vie comme ça autour de concerts, de disques et de voyages. J’assume assez mal l’étiquette du globe-trotter, parce que mes séjours sont assez courts, deux ou trois mois, alors que je rencontre des gens qui, eux, vivent le perpétuel voyage." Même humilité lorsqu’on aborde la diversité de ses sources: "Toutes mes influences s’expriment de façon complètement inconsciente, c’est quelque chose que je ne contrôle pas. Forcément, après plusieurs séjours là-bas, l’Afrique a dû m’influencer, mais j’écoute plus de musique africaine quand je suis à Paris, alors que dans les voyages je suis à la découverte de tout."

Il a beau ne pas jouer le chansonnier-ethnologue, je suis vite remis sur le droit chemin lorsque je crois déceler, sur son dernier disque au titre trompeur (2000), des traits maliens. "Le ciment et Quel été 2000? C’est beaucoup plus zaïrois et congolais, sinon camerounais."

Alors qu’une mini-tournée au Japon lui avait d’abord attiré la sympathie d’un public nippon, il semble que celui-ci ne soit pas prêt à suivre la maturation pourtant appréciable de 2000, qui figurait parmi les plus rafraîchissants albums francophones de 2002. "Ma carrière japonaise? Pas super. Les deux premiers disques ont très bien marché, c’est-à-dire que j’en ai vendu le tiers là-bas. Celui-ci marche moins. Je pense que les Japonais sont d’abord attirés par ce qui a trait à l’enfance, les petites choses mignonnes, un aspect un peu naïf qui ressort peut-être davantage dans mon deuxième disque, alors que le troisième est un peu plus sérieux, moins kitsch."

Car malgré sa légèreté de ton, Mathieu Boogaerts n’est pas si "baba cool" qu’on le croirait. Formé notamment chez Bob Marley, il n’a pourtant pas étiré son pèlerinage jusque dans l’île du maître. "En fait, la Jamaïque c’est une île très très pauvre, avec le ghetto noir d’un côté, les Blancs et les Américains en lune de miel de l’autre, dans des complexes hôteliers. Ça me paraît vain. Je n’y suis jamais allé et je n’en ai pas du tout envie, même si je suis un vrai fan de reggae."

Encore à ses premiers pas chez nous, l’artiste de 33 ans découvre peu à peu la musique québécoise: "La dernière fois, je suis tombé sur un truc étonnant à la télé de l’hôtel, un clip de quelqu’un qui s’appelle Corcoran, que j’ai beaucoup aimé. J’aime aussi les vieux disques de Diane Dufresne." Si on avait à le présenter à ceux qui endisquent chez nous actuellement, c’est probablement à Urbain Desbois et à Jérôme Minière qu’il aurait affaire, puisqu’il possède l’éclectisme hirsute de l’un et la fragilité de l’autre.

En première partie de Katerine
Le 25 juillet à 19 h
Au Spectrum
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