

Arthur H : Noir comme neige
De retour en formation complète, ARTHUR H semble avoir retrouvé l’inspiration de ses premiers albums.
Thierry Bissonnette
Sans être un mauvais album, Pour Madame X avait un peu laissé les amateurs sur leur faim, il y a trois ans, contrairement à des aventures aussi jouissives que Bachibouzouk et Trouble-fête. Depuis, il y a bien eu Piano solo, à partir de l’excellent spectacle du même nom, mais on s’ennuyait toujours des hauteurs créatives des débuts. C’est donc avec une certaine crainte que l’on déballe Négresse blanche, un tout nouvel ensemble de compositions. Et la surprise est agréable: c’est le H avec un grand H qui se loge dans ce nouvel album, plusieurs morceaux méritant de rejoindre les meilleurs de son répertoire. Toujours entouré des géniaux Brad Scott et Nicolas Repac, Arthur prouve une fois de plus qu’il a très peu à envier au père Higelin et que sa carrière réserve encore des rebondissements.
Est-ce un hasard si tout cela fut élaboré dans l’insouciance et avec une grande rapidité? "J’étais très bien avant d’enregistrer cet album, confie l’homme. Je devais enregistrer en décembre et, en octobre, je n’avais encore aucune chanson d’écrite. Mais ça ne m’a pas stressé; je suis parti quelques jours à la mer, à Saint-Malo, j’ai déconnecté devant l’océan et un tas de chansons me sont tombées dessus."
Toujours aussi surréels, les textes de Négresse blanche privilégient la rêverie désinvolte, évasion qui témoigne autant d’une nouvelle chanson française que d’une recherche identitaire où l’Afrique rencontre New York et où les mélodies juives succèdent sans difficulté aux mélopées arabes. Un métissage relativement cohérent qui justifie le titre, qu’on peut aussi relier au piano d’où émergèrent toutes les pièces. "La plupart de mes amies sont des négresses blanches, ou de corps ou de coeur, et puis je pense qu’on est condamnés, aujourd’hui, à former une nouvelle identité, laquelle est forcément assez mélangée. J’ai l’impression, parfois, que ce qui m’est étranger peut m’être un miroir plus fidèle que ce qui m’est semblable. Les autres cultures me rappellent des choses que j’ai oubliées dans ma propre culture."
Dans le studio des fous
Malgré ses quelques tournées sur le continent noir et le côté exportable de sa musique, H ne se fait pas beaucoup d’illusions: "Même en Afrique, c’est malheureusement très difficile de voyager avec la musique française. C’est évident que si je faisais exactement la même chose en anglais, je pourrais voyager dans toute l’Europe et dans le monde. Ou encore il faut être exotique, comme Paris Combo ou autrefois Les Négresses vertes, jouer sur l’image que les autres ont des Français."
Négresse blanche s’éloigne effectivement de tous les clichés en matière de musique française et se pose comme une belle leçon à l’égard des apprentis. C’est qu’il est tombé dans la marmite magique étant petit, comme le relate Brigitte Fontaine dans son livre Galerie d’art à Kékéland: "Il a la tête de Bob Dylan, enfant. La même voix que lorsqu’il était petit, une voix rauque et déchirante, une voix de vieux matou de gouttière qui a couché dehors par tous les temps et qui s’est bagarré avec le monde entier." Un portrait auquel le principal intéressé réagit avec ironie: "Bien sûr que non, j’avais une petite voix mignonne. Il ne faut pas oublier que Brigitte Fontaine est complètement folle. On a toujours ce projet d’un petit disque avec des reprises marrantes, mais ça demeure incertain. J’ai aussi écrit la musique d’une pièce dont elle a fait les paroles et je dois l’enregistrer avec elle pour son prochain disque."
Avec pour unique plan de carrière la réalisation éventuelle d’une comédie musicale de science-fiction, Arthur H ne donne pas sa place en matière de saine folie. Gageons d’ailleurs que son spectacle montréalais respirera l’inédit et que ses futurs détours le rendront toujours aussi difficile à suivre. "En tout cas, conclut-il, je suis sûr qu’à 60 ans, je ne serai pas coureur cycliste professionnel, c’est la seule chose que je peux dire."
Le 1er août à 19 h
Au Spectrum
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