Zebda : Conscience en soi
Musique

Zebda : Conscience en soi

C’est toujours un bonheur de faire un papier sur Zebda. Pour une raison fort simple: ces gars-là ne sont pas des bullshitteux. L’heure juste, sans détour, quitte à écorcher, à se remettre en question ou à dévoiler un brin de vulnérabilité. La grande classe, au service du lecteur et, forcément, de leurs milliers de fans.

L’histoire du groupe toulousain est classique. La formation, très impliquée socialement, les deux pieds bien ancrés dans la gauche, s’est retrouvée avec un max de pognon après le succès inespéré d’Essence ordinaire, son disque précédent. Soudainement très riches, les mecs de Zebda ont dû négocier avec un sérieux problème de conscience: "Ç’a été très difficile, concède le chanteur Magyd Cherfi. On avait toujours rêvé au succès, et on l’a eu. Mais au moment où on rêvait de rejoindre pareille audience, on aurait voulu que ça ne fonctionne pas, question de rester en enfer. Parce que l’enfer vous garantit la colère, alors que le succès ramollit vos convictions." Sans compter que le succès vous rend derechef suspect aux yeux de moult supporters de la première heure: "Heureusement, comme on est issu de milieux modestes, on a une pression de notre entourage qui nous permet de garder un lien avec le réel. Au bout du compte, on vit quotidiennement avec une contradiction: ou bien le groupe ne réussit pas et souffre de toutes parts, ou bien il réussit et il vit une souffrance de privilégié, pour autant qu’il soit animé de certaines convictions, bien sûr. Écoute, c’est clair: à partir du moment où tu fais un paquet de fric, tu trahis la cause…"

De toute manière, Zebda n’en est pas à une contradiction près. Au contraire, Magyd, Mustapha et consorts carburent au décalage. Ne sont-ils pas les premiers à pondre une prose grave, pas jojo du tout, pour ensuite la coucher sur des musiques festives, qui empruntent autant au raï qu’au hip-hop ou à la chanson? L’art de faire la fête, tout en nous servant un sérieux rinçage de conscience. Les textes d’Utopie d’occase, leur dernier disque, ne laissent en ce sens aucun doute. Plus directs, plus précis, ils sont truffés de références claires, avec notamment quelques jabs bien placés à l’extrême droite: "C’est vrai, acquiesce le chanteur. On avait moins envie de tourner autour du pot, on voulait plutôt entrer directement dans le vif du sujet. Peut-être parce qu’on a beau chanter, parler du désespoir, on se retrouve quand même avec Le Pen au second tour. C’est assez pour devenir plus cru et radical…"

Pour l’heure, ce radicalisme passera d’abord par chacun des membres, plutôt que de trouver écho au sein du groupe. C’est que l’avenir proche de la formation française sera d’abord constitué d’aventures personnelles et de disques solo. Ne colportez toutefois pas la mort imminente de cette machine à réfléchir: "Ne vous en faites pas, Zebda est en parfaite santé, voire dans un état euphorique, jure Magyd. Peut-être parce qu’on sent les vacances très proches. Le concert de Montréal est d’ailleurs un des derniers de la tournée." On ose à peine imaginer l’ambiance…

Le 2 août à 21 h
Au MÉTROPOLIS
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