

Jason Mraz : CD réalité
Olivier Robillard Laveaux
Contrairement à la photo de la pochette de son premier album, Waiting For My Rocket To Come, où Jason Mraz et son coq semblent se demander quand passera finalement ladite roquette, le jeune chanteur de Virginie n’a pas eu à patienter bien longtemps avant de voir sa carrière décoller. Ayant vendu plus de 500 000 exemplaires du compact, Mraz surfe allègrement sur cette vague de chanteurs folk-rock, accompagné des autres beaux gosses que sont John Mayer, Jack Johnson, Andy Stochansky et le Montréalais Sam Roberts.
Un succès que Jason explique facilement. "Je crois que ce regain d’engouement pour les auteurs-compositeurs provient du même désir qu’ont les gens pour la télé-réalité. Ils ont envie de voir de vrais humains qui vivent de vraies émotions. Nous ne sommes pas comme Britney Spears ou tous ces boys bands préfabriqués qui chantent les textes des autres. Ce que je chante, je l’ai souvent vécu et c’est moi qui compose ma musique. Mon album est complètement ancré dans ma réalité. Nous sommes une sorte de reality-show sur disque."
Toujours calquée sur le fameux modèle du divertissement qui produit un nombre incalculable de vedettes totalement éphémères, on peut alors se demander si la carrière de ces jeunes chanteurs ne mène pas directement aux oubliettes. "Ouais, tu as probablement raison, répond Jason. Depuis les années 60, il y a des engouements qui montent et qui redescendent tout aussi rapidement. Je crois sincèrement qu’un nouveau style musical prendra le dessus sur notre scène dans peu de temps, et c’est correct."
Assez lucide, vous en conviendrez, le résident de San Diego prend même des airs de philosophe, affirmant que les choses doivent suivre leur cours. "C’est comme ça que la vie fonctionne. Elle donne la chance à certains de goûter à la gloire pour ensuite la leur enlever et la redonner à d’autres. Lorsque les auteurs-compositeurs seront démodés, ils pourront alors respirer à nouveau et se préparer à offrir quelque chose de neuf lorsque la vague repassera. Je ne pourrais pas rester dans l’engouement toute ma vie. Je finirais par m’effondrer."
Jason Mraz n’est donc pas simplement un habile tisseur de mélodies inspiré par la pop allant des Beatles à Dave Matthews. La tête bien soudée sur ses épaules, il n’hésite pas à défendre ses opinions, même si certaines vont parfois à l’envers du courant populaire, comme en fait foi la pièce Too Much Food. "J’ai écrit cette chanson alors que plusieurs croyaient que j’avais vendu mon âme. On racontait que je changeais ma musique pour plaire à la compagnie de disques. C’est un peu ma manière de leur rétorquer que j’ai bien le droit de composer la musique de mon choix, comme j’ai le droit de manger du junk food si ça me plaît. J’aime McDonald’s! Petit, c’était toujours la fête lorsque j’allais y manger. Ce n’est pas parce que la mode est à les boycotter que je vais m’en priver!!"