Renaud : De révolte et d'amour
Musique

Renaud : De révolte et d’amour

Renaud revient enfin chanter à Québec, plus en forme que jamais, en lever de rideau des Cowboys Fringants. Un événement unique pour entendre ses chansons rouge sang.

Au bout du fil, Renaud prend son temps, cherche ses mots, alterne entre formules-chocs et réflexions en forme de confidences, avec une sincérité désarmante: "Je suis un poète, je raconte ce que j’ai dans le coeur, dans la tête, ma vie. Je n’ai aucune pudeur. Je pense que les artistes doivent montrer leur âme comme une stripteaseuse montre son cul."

En 2002, avec Boucan d’enfer, Renaud sortait son album le plus intime, une série de textes d’homme déchiré, désabusé, fatigué. Énorme succès commercial. De la confidence, on en redemandait. Malheureuse, c’est encore mieux, ça console. Et voici que l’automne dernier, le chanteur revenait sur le devant de la scène avec Rouge sang. Voici que Renaud remettait dans son oeuvre le rouge de la révolte, de la politique. À nouveau, il portait son regard vers l’extérieur, vers la marche du monde. Et surtout, il semblait heureux, dans la mesure du possible: "Je vis au présent, je l’accepte très bien, mais avec une nostalgie douloureuse de mon enfance. Je suis heureux de vivre au jour le jour. Surtout actuellement, mon présent est magnifique." Nouvelle femme (la chanteuse Romane Serda, pour laquelle il a écrit les chansons d’Après la pluie), bébé tout neuf (Malone).

Ce bonheur renouvelé se manifeste – et c’est l’essentiel pour nous – dans une inspiration et une verve retrouvées. L’édition limitée de Rouge sang comporte pas moins de 24 morceaux, et le spectacle de sa tournée actuelle, une quarantaine! Explication? "Il y a deux medleys, un avec les chansons inspirées par ma fille Lolita et même avant sa conception: Chanson pour Pierrot, En cloque, Mistral Gagnant, Morgane de toi, Il pleut, etc. Et puis un medley d’histoires de banlieue, de mobylettes." Hélas, programmation de festival et temps limité obligent, Renaud devra amputer une bonne partie du concert. L’envie qu’il a de faire une tournée québécoise est là, ne reste qu’à la concrétiser…

"Pour Boucan d’enfer, j’ai mis sept ans à écrire péniblement, dans la douleur, 14 chansons. Et là j’en ai 26 (bonus Internet compris). Au départ, Rouge sang devait être un album simple, mais arrivé à 17 chansons, je me suis dit qu’avec trois ou quatre de plus, je pouvais faire un double. Elles me plaisaient toutes. Mais ma maison de disques et mon producteur voulaient à tout prix me dissuader de sortir un double, en me disant que ça ne marchait jamais. J’ai transigé, j’ai accepté le compromis de sortir deux versions différentes. Pour la version simple, j’ai choisi les plus efficaces, pas forcément mes préférées."

Au-delà des compromis, des petites frustrations qui jalonnent forcément plus de trois décennies de carrière, Renaud a réussi à se hisser à la hauteur de son maître (Brassens), créant une des oeuvres les plus importantes de la chanson française: rouge et noire, pleine de colère, d’humour et de tendresse.

Le 5 juillet à 21h
Sur les plaines d’Abraham
Voir calendrier Chanson