Bendir Man est le superhéros tunisien le moins charismatique mais le plus populaire.

Bendir Man est le personnage imaginé par le chanteur tunisien Bayrem Ben Kilani, un superhéros vêtu de mauve (la couleur du parti du président déchu Ben Ali) qui se déplace à dos d’âne et qui est tout sauf courageux. "Bendir Man, c’est l’antihéros par excellence. Il n’a pas de pouvoirs, il est machiste, arriviste, opportuniste et manipulateur. Un bendir est un instrument de percussion, mais en Tunisie, jouer du bendir veut aussi dire faire du lèche-botte", précise le controversé artiste, jusqu’à tout récemment censuré dans son pays.

Derrière ce super zéro, caricature de Ben Ali, Bayrem Ben Kilani révèle les travers de la société tunisienne et plus particulièrement ceux du régime récemment renversé. "Je ne fais pas de la chanson contestataire ou revendicatrice, je fais de la chanson "constatatrice", blague le jeune chanteur de 26 ans. Parfois je fais des chansons très ironiques, d’autres fois je chante uniquement des proverbes tunisiens… à caractère politique bien sûr! Mais je ne fais pas de chansons contestataires à la bolchévique, j’ai toujours un côté satirique."

Même si le gouvernement d’alors bloquait ses MySpace, Facebook et Twitter, Bayrem, qui vit entre Paris où il étudie et la Tunisie, est devenu rapidement la coqueluche de tout le pays. Grâce aux médias sociaux, les chansons de Bendir Man ont trouvé écho auprès d’une bonne partie du peuple tunisien et de sa diaspora. "Facebook a été dans cette révolution une arme redoutable, déclare Bayrem. Sans cet outil, je n’aurais jamais pu diffuser à ce point ma musique. Mes concerts étaient interdits, ma guitare, mon blogue, tout moi était interdit. Même un film pour lequel j’ai écrit la chanson du générique a été interdit! Malgré tout ça, ma musique a fait son chemin", se réjouit le musicien dont le premier album Welcome-Mar7aba vient tout juste de paraître.

Ses chansons, Bendir Man les accompagne sobrement, avec un peu de folk, de reggae, de blues, de sonorités nord-africaines et de musique traditionnelle tunisienne. "La musique tunisienne est très riche et s’adapte très bien au ska, au manouche ou au reggae", spécifie ce fils d’ex-activiste d’extrême gauche, qui ajoute que "les chansons peuvent encore changer les choses, mais pas n’importe où. En Occident, c’est impossible, plus maintenant. Mais chez nous, c’est tout le contraire. Par exemple, j’ai fait une chanson (Rdayef) qui parlait des massacres du bassin minier de Redeyef en 2008. Avant d’entendre cette chanson, bien des gens n’étaient pas au courant de cet événement à cause de la censure! Tu sais, le jour du départ de Ben Ali, la télévision nationale présentait un documentaire animalier"…

À voir si vous aimez /
Tryo, Zebda, Manu Chao

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