Chagrin, aliénation, paranoïa, pensées anxieuses, amours suffocantes, doutes… Pourquoi, malgré des textes aussi tourmentés, la musique de The National fait-elle autant de bien? Serions-nous masochistes?

C’est la question que nous avons posée à Scott Devendorf (basse). "Oui, prenons Sorrow, par exemple: il y a quelque chose d’affligeant là-dedans, mais si on ose s’y abandonner, elle finit par nous calmer. Malgré nos textes assez déprimants, nous sommes des gens heureux et reconnaissants dans la vie en général; alors je suppose qu’un peu de cette lumière-là passe dans la musique, même voilée."

La magnifique voix de baryton de Matt Berninger y est pour beaucoup. Leonard Cohen, Mark Lanegan, Stuart Staples et même Barry White ont cela en commun avec lui. Berninger interprète ses textes sensibles avec panache et autorité, sans jamais forcer la note; c’est à la fois classieux et sexy. "Moi aussi, j’apprécie ces voix-là. Ce n’est pas le truc de tout le monde, mais ça joue pour beaucoup dans notre identité de groupe. C’est toujours drôle pour nous de voir à quoi les journalistes comparent la voix de Matt. Certains ont parlé de chocolat noir, d’autres, d’alcools forts, tous font un lien avec des substances apaisantes. Ces voix-là donnent quelque chose d’intéressant lorsqu’elles sont amalgamées à des ambiances mélancoliques."

Outre la voix de baryton, parmi les facteurs qui empêchent les humeurs moroses encapsulées dans les textes de devenir écrasantes, le jeu de batterie très dynamique du frère de Scott, Bryan Devendorf, compte aussi pour beaucoup. Le batteur nous avait confié en entrevue l’an dernier qu’il cherchait à émuler le jeu de Stephen Morris (Joy Division), qui, lui, s’inspirait des drum machines électroniques. "J’identifie des patterns et je me les approprie à ma façon, c’est plus de l’ordre de l’hommage que du pillage", avait-il alors précisé.

The National trimballe les chansons de High Violet depuis un an et demi déjà et la tournée tire à sa fin. Tant eux que nous avons eu le temps de grandir avec elles depuis leur dernier passage à Osheaga, à l’été 2010. Avec le temps, certains titres se sont imposés comme de grandes chansons addictives et délicieusement intoxicantes: Conversation 16, Lemonworld. D’ailleurs, le texte de cette dernière résiste aux tentatives d’interprétation… De quoi est-il question dans Lemonworld? "En effet, c’est une chanson enveloppée de mystère. J’ai cru comprendre, en entendant Matt en parler, qu’il s’agissait d’une échappée semi-érotique, d’une expérience sensuelle et plaisante. Depuis qu’on joue les chansons de cet album, mes préférées ont changé. Le passage à la scène les transforme. En spectacle, Little Faith et Conversation 16 prennent une envergure insoupçonnée qui leur donne presque des airs d’hymnes. Je n’aurais pas pu le deviner lorsqu’on les enregistrait; c’est toujours intéressant de voir ce que le contexte du live fait ressortir des chansons."


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+ Ajouter le vôtre Commentaires 1

  • 21 décembre 2011 · 21h42 yannick boisvert

    Le spectacle était génial, intimiste et chaleureux. Et la finale accapella sans micro Vanderlyle crybaby geeks wow…

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