Le titre du deuxième album de Marie-Pierre Arthur, Aux alentours, fait référence à son entourage. Celui-là même qui a rendu la production du disque possible. Bienvenue dans la cour de la reine Arthur.

Jadis dauphine, Marie-Pierre Arthur a longtemps évolué à l’arrière-scène, accompagnant à la basse les Stefie Shock, Ariane Moffatt et Michel Faubert. Puisque l’agenda était pensé pour que les différentes tournées s’imbriquent les unes dans les autres, le rythme était éreintant physiquement, certes, mais peu psychologiquement. Sachant que les projecteurs n’étaient jamais braqués sur elle, la musicienne éprouvait une certaine quiétude.

Cinq ans plus tard, Arthur est devenue reine d’un royaume aux fondations solides, quoique nettement plus exigeant sur le plan émotif. "J’ai beau donner moins de concerts qu’à l’époque, la situation est parfois étouffante", confiait la musicienne à l’aube du lancement de son deuxième disque, Aux alentours. "Il m’arrive de "freaker" tellement ça tourne vite. Comme si le temps était un luxe que j’ai perdu ces dernières années. Je suis du genre à prendre des bains et passer de longues minutes à regarder dans le vide. J’aime prendre le temps de m’asseoir et discuter. Quand je parle avec trop de monde en même temps, j’ai l’impression de ne rencontrer personne. C’est vide. Ça m’étouffe."

Prince Léopold

Avec ses 35 minutes de rock aérien, de pop raffinée et de folk réconfortant, l’album a d’ailleurs des airs d’ode à la liberté. On la désire; souhaite la conserver; craint de l’avoir perdue et souffre lorsque c’est le cas.

La cour de la reine Arthur compte toutefois sur quelques piliers inébranlables, à commencer par son amoureux, le réalisateur d’Aux alentours François Lafontaine. Ensemble, ils ont composé l’album dès les premiers mois suivant la naissance de leur enfant Léopold. Les familles négligées dont souhaitent maintenant s’occuper les membres de Karkwa, dont fait partie Lafontaine, c’est un peu la musicienne et Léopold. "Pour être franche, je ne me suis pas sentie négligée parce que Frank et moi n’avons jamais passé énormément de temps ensemble. Nous sommes tombés amoureux alors qu’il bossait déjà fort avec Karkwa, et ça ne me dérangeait pas trop parce que j’étais pas mal toujours en tournée aussi."

Cette vie tourbillon, Marie-Pierre Arthur l’aborde d’ailleurs dans la nouvelle pièce Pour une fois. "Est-ce qu’on tiendra le coup à ce rythme-là, en s’aimant?" s’interroge-t-elle. La chanson compte parmi les plus personnelles de l’album avec Fil de soie, un titre écrit par son amie Gaële, qui exprime toutes les craintes ressenties par Marie-Pierre vis-à-vis de son rôle de mère. "Pour Léopold, la vie est encore magique. Elle lui vole sa maman ou son papa quelques soirs par semaine. Parfois plus. Je me suis inquiétée surtout au moment de composer Aux alentours. Léopold se faisait garder deux ou trois après-midis par semaine. Ça me donnait du temps pour travailler, mais je ne trouvais pas ça cool pour lui. Alors tant qu’à le faire garder, je me suis dit qu’il valait mieux être productive."

Seigneur Lennon

Malgré les quelques préoccupations disséminées ici et là dans les textes d’Aux alentours, le chant d’Arthur demeure serein, empreint d’une humanité qui caractérise ses deux albums. La situation est imputable aux fous de la reine qui l’ont une fois de plus épaulée en studio, un petit régiment cinq étoiles constitué de Lafontaine, du guitariste Olivier Langevin et du batteur Robbie Kuster. "La recherche sonore s’est déroulée surtout à quatre. Frank a délaissé le piano pour composer davantage à la guitare. Langevin était égal à lui-même – ce qui n’est pas peu dire – et Robbie Kuster me donnait carrément des ailes. Il ressent chaque coup qu’il donne sur sa batterie. Je me sens meilleure lorsque je joue avec lui."

De cette complicité est né le son plus soul d’Aux alentours, un disque plus rythmé et moins vaporeux que le précédent, dans lequel résonnent de nombreux clins d’oeil aux années 70. George Harrison, John Lennon, Billy Preston, Queen et Phil Spector sont même inclus dans les remerciements de la pochette, mais les références sont si évidentes – écoutez le solo très lennonesque d’Encore là – que même le plus analphabète des mélomanes les décèlerait.

"Pour en avoir écouté beaucoup à la maison dernièrement, je trouve la musique des années 70 très chaude. On y sent le playing, le simple plaisir de jammer entre musiciens. Pendant qu’on enregistrait le solo d’Encore là , on était crampé de voir à quel point la guitare électrique faisait John Lennon. Ça nous faisait triper de l’assumer. Je crois que c’était le simple bonheur d’entendre ce son. Frank et Olivier l’ont enregistré en même temps, en se regardant droit dans les yeux comme dans le temps des Eagles. Il y a plein d’artistes que j’admire qui font ce genre de références. Beck en fait plein. Je ne vois pas pourquoi on aurait boudé notre plaisir."

Reste maintenant de ne pas bouder le nôtre.

Marie-Pierre Arthur
Aux alentours
(Bonsound)

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