Les médias abusent fréquemment de l’expression, mais cette fois, c’est vrai. Adventures in Your Own Backyard de Patrick Watson est l’album montréalais le plus attendu de la saison, et vous ne serez pas déçu.

"Passer plusieurs mois d’affilée à la maison nous paraît maintenant plus exotique que prendre l’avion pour se rendre à Reykjavik ou Paris", lance Mishka Stein. Assis au centre d’un loft qui servit de studio pour l’enregistrement d’Adventures in Your Own Backyard, le bassiste et Patrick Watson fument clope après clope. C’est à peine s’ils n’allument pas leur cigarette avec la précédente. À sec, Watson enverra son attaché de presse au dépanneur.

"Ça m’excite pas mal moins de partir sur la route loin de mes enfants", confie le chanteur. En choisissant de produire l’album dans leur propre local de répétition, non seulement les Watson se sont assurés que leur leader reste auprès des siens – Patrick et sa famille habitaient le loft voisin jusqu’à tout récemment -, mais ils s’offraient au passage le luxe du temps. "Lorsque tu te rends dans un studio qui coûte cher la journée, tu finis par voir le temps comme de l’argent, ça devient stressant, explique-t-il. T’oses pas trop débattre des arrangements, tu réfléchis moins. Ici, on a pu pousser chaque idée à son plein potentiel. L’industrie du disque ne va pas très bien. Il y a des tonnes de groupes qui lancent des albums chaque semaine. Nous voulions prendre le temps de bien faire les choses pour sortir le meilleur de nous-mêmes."

Cette notion de temps reviendra tout au long de l’entrevue. Les mois de tournée, les semaines en studio, la trentaine qui a embrassé chacun des membres et ce désir de durer. Pour Patrick Watson, Adventures in Your Own Backyard est un album qui consolide sa position sur l’échiquier rock-folk-orchestral mondial. Une preuve que le groupe s’améliore avec l’âge et n’est pas près de disparaître. "Je désire avoir une longue carrière musicale lors de laquelle je m’améliorerai constamment, exprime Watson. L’industrie du disque vit aujourd’hui au rythme effarant des nouveaux artistes. Tu débarques, t’es la sensation de l’heure, tu lances deux disques, et hop, les gens ne s’intéressent plus à toi et suivent plutôt la nouvelle sensation. C’est presque schizophrénique. Mais si tu regardes dans l’histoire de la musique, particulièrement dans le répertoire classique, les compositeurs s’améliorent avec l’âge. Les chefs-d’oeuvre naissent lorsque ta maîtrise du métier t’amène à prendre plus de risques. Je rêve d’avoir une carrière du genre."

La trentaine, pas de bédaine, pas de BM

Il y a six ans à peine, à la sortie de Close to Paradise, les musiciens vous auraient parlé de rêves de tournées et d’éventuels succès européens. Aujourd’hui, ils font plutôt référence à leur "own backyard". "C’est l’évolution normale de la vie, selon Simon Angell. Nous vivons notre trentaine. Nos amis se marient, ont des enfants. Je ne crois pas que nous soyons devenus casaniers, mais disons que les priorités ne sont plus les mêmes. Vieillir influence le travail des musiciens, pour le meilleur ou pour le pire. J’ose espérer qu’il s’agit du mieux dans notre cas. Vieillir nous aide, nous rend meilleurs."

Difficile de contredire le guitariste. Adventures in Your Own Backyard est un disque magnifique. Une réussite à tous les égards. Complété par le batteur Robbie Kuster, l’un des meilleurs de sa profession, le quatuor démontre toute sa virtuosité et atteint des sommets mélodiques. Plus abouties que les compositions de Wooden Arms, pourtant déjà grandioses, les nouvelles chansons s’appuient sur des structures plus simples et gagnent en magnétisme à mesure que s’ajoutent les couches de piano, de guitares, de batterie, de cordes et de cuivres. Poignant, le travail des musiciens offre tout le lyrisme nécessaire pour appuyer les envolées vocales de Watson, encore plus en contrôle ici. L’entendre chanter avec sa voix de falsetto le premier extrait du compact, Into Giants, vous donne des frissons. Aussi agile, raffiné et imprévisible que le jeu de Kuster, le chant de Patrick Watson s’est précisé. Les mélodies en sortent gagnantes.

"Je trouve les chansons plus faciles à chanter que celles de Wooden Arms, soutient Watson. Je ne crois pas que ce soit une question de confiance plus que d’expérience. La voix est un instrument extrêmement limpide. Tu ne peux pas mentir avec ta voix. On y sent tes intentions, tes références, tes limites. Je crois aussi que les influences du groupe se mélangent mieux sur ce disque. Nous sommes plus subtils, et l’album y gagne dans son ensemble."

À travers les 48 minutes du gravé, le musicien chante le destin de personnages attachants, différents laissés pour compte à qui l’on souhaite donner le crachoir dans l’espoir d’y déceler une vérité autre que celle balancée dans les médias, qu’ils soient traditionnels ou sociaux (Quiet Crowd, Strange Crooked Road, Words in the Fire). "J’ai regardé récemment l’Interview Project de David Lynch, dans lequel le cinéaste rencontre des sans-abri ou des gens bizarres croisés dans la rue. Il leur demande ce qu’ils pensent de la vie et de raconter leur histoire. C’est absolument fascinant. Ça te donne le goût de pleurer, de rire, de sourire. Je voulais écrire des paroles qui reflètent ce genre de réalité", poursuit le chanteur de la formation posée en couverture avec Mélanie Bélair des Mommies on the Run qui suivra les gars en tournée.

L’exercice littéraire est réussi et accentue, à l’écoute d’Adventures in Your Own Backyard, cette impression de pénétrer dans un univers onirique, romantique et juste assez sombre pour demeurer mystérieux, jamais fleur bleue. Quelque chose d’unique.

Patrick Watson
Adventures in Your Own Backyard
(Secret City)
En vente le 17 avril

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