Forts d’une nouvelle maturité acquise à travers différentes collaborations, les membres de Plaster sont de retour avec leur deuxième album, Let It All Out.

Le 18 novembre dernier, dans le cadre du festival M pour Montréal, le Club Soda avait des allures de machine à voyager dans le temps alors que se côtoyaient sur scène trois chapitres de la courte histoire électro-pop dansante québécoise. Figure de proue du mouvement à la fin des années 90, Bran Van 3000 se produisait en compagnie de ses homologues du début des années 2000, Plaster, et de l’ère présente, Misteur Valaire.

Pour Plaster, il s’agissait d’un premier concert montréalais en plus de quatre ans. Un test important pour les nouvelles chansons du groupe, les premières dévoilées publiquement depuis que le claviériste Alex McMahon, le batteur Jean-Phi Goncalves et le bassiste François Plante avaient décidé de mettre le trio en hiatus trois ans après la parution de son premier disque, First Aid Kit.

"Après les tournées liées à l’album, nous étions arrivés à la fin d’un cycle, confie McMahon. Notre premier album avait atteint sa durée de vie et il fallait se ressourcer. Ou nous nous lancions dans la composition d’un autre disque, ou nous allions voir ailleurs pendant quelque temps. On a opté pour les autres projets."

Bilan de santé

Séparés ou parfois en duo, les membres de Plaster ont multiplié les collaborations (Ariane Moffatt, Afrodizz, Jedi Electro, Hello Postier, Catherine Major, Yann Perreau). Et même lorsque Jean-Phi Goncalves était passablement occupé avec le duo Beast qu’il formait avec Betty Bonifassi, les trois musiciens se réunissaient à l’occasion pour composer. Pour Goncalves, Plaster a toujours été un carré de sable, un endroit où l’on aime se retrouver entre amis. "Ce n’est pas parce que vous n’entendiez plus parler du groupe qu’il était mort. Ces dernières années, on a accumulé des disques durs et des disques durs de nouveau matériel."

Si la majorité des pièces de Let It All Out, le deuxième album de la formation en vente le 15 mai, proviennent d’un processus de composition amorcé l’hiver dernier, le compact reprend exactement là où Plaster nous avait laissés sur scène en 2007, alors que le groupe épousait une énergie nettement plus rock que jazzy. "L’énergie du live nous a vite rattrapés, confirme le batteur. Le nouveau disque a d’ailleurs été pensé dans cette optique. Nous voulions qu’il soit facilement transposable sur scène, c’est pourquoi nous avons réduit au minimum le nombre d’échantillons, de beats électroniques et de séquences programmables."

"Pour First Aid Kit, la graine de chaque chanson était un échantillon orchestral autour duquel nous brodions, poursuit McMahon. Cette fois, on a inversé le processus. Nous sommes arrivés avec nos propres compositions et les échantillons devaient servir de décoration. Sauf qu’au final, on a davantage joué nous-mêmes les arrangements."

Imprévisibles DJ

Jonglant autant avec les influences blues (Be My Woman), hip-hop (Shoot for the Moon avec le rappeur DShade), rock (l’accrocheuse Booggéré) que jazz orchestral (la magnifique Nobody’s Heart Belongs to Me), Plaster accouche d’une autre galette hypnotique aux grooves assassins. "C’est ce qui fait la beauté de Plaster, souligne Goncalves. Notre but a toujours été de faire le pont entre la musique électronique et celle d’un DJ. Au fond, c’est comme si nous étions des DJ, mais que nous participions activement au choix des morceaux et des ambiances parce que nous jouons les pièces en direct. Dès le départ, ce jeu est devenu une source d’inspiration parce que ses possibilités sont illimitées."

Selon McMahon, les membres de Plaster ont également bénéficié de leurs expériences extraconjugales. "Travailler avec plusieurs auteurs-compositeurs-interprètes nous a sensibilisés à la notion de chanson, de mélodie. Nous avons toujours été bons dans les enrobages, mais cette fois, les tounes ont davantage de thèmes mélodiques, d’où la plus grande présence de voix (Meli Mae et l’ex-Dears Valérie Jodoin Keaton chantent également sur le gravé)."

Plaster remet ainsi ses gants de pugiliste, prêt à faire le saut dans l’arène électro-pop dansante qui s’est nettement diversifiée depuis la parution de First Aid Kit avec l’émergence des Justice, Ratatat et Misteur Valaire. François Plante est loin d’y voir une nouvelle compétition. "Dans une branche très pointue de la musique électronique comme le dubstep, tout le monde a le même son. Mais lorsqu’elle est combinée à cette approche de DJ, la musique électronique n’est plus du tout limitée, tout le monde peut jouer à sa façon. Et je ne pense pas que le genre soit surexposé comme l’actuel courant blues-rock des Black Keys qu’on entend partout."

Plaster
Let It All Out
(Vega Musique)
En vente le 15 mai

Le 16 mai, à 20h
Au cabaret La Tulipe
Voir calendrier Électronica

///

Plaster rencontre Lauryn Hill

En janvier 2006, l’ex-chanteuse des Fugees Lauryn Hill débarque à Montréal pour s’installer au Studio Planet et travailler avec les trois membres de Plaster. Le but: composer et enregistrer le deuxième album solo de la musicienne, un disque qui n’a toujours pas vu le jour.

"Son gérant l’avait convaincue de venir à Montréal. À l’époque, tout le monde parlait de la scène montréalaise à l’international. Mais je ne crois pas que c’était un choix artistique pour elle de venir jouer avec Plaster. On va se dire les vraies affaires, elle est venue travailler avec nous parce qu’elle avait passé tout le monde aux États-Unis et qu’elle n’avait plus vraiment d’argent pour se payer de gros musiciens là-bas."
– François Plante

"Mais on n’était pas payés comme de la merde non plus. Je pense que les musiciens là-bas demandaient très cher pour jouer avec elle ou refusaient à cause de son ego démesuré. C’était la Vierge Marie."
– Alex McMahon

"Nous avons travaillé avec elle pendant un mois. Les sessions étaient intenses et se faisaient de nuit, de 5 heures de l’après-midi à 5 heures du matin. J’étais facteur à l’époque et je devais faire ma run de 6 heures du matin à 1 heure de l’après-midi. Je dormais 4 heures et je retournais en studio."
– François Plante

"Elle n’avait aucun repère. Son entourage lui avait tellement toujours dit "oui" qu’elle était complètement perdue. On pouvait enregistrer une toune au complet, puis elle nous demandait de tout refaire deux bpm moins vite. Ça devenait ridicule. Tout s’est terminé en queue de poisson. Nous devions tester les nouvelles chansons lors d’un concert intime à New York. Le mardi, on nous a dit que le vol pour NY était le jeudi et qu’on nous enverrait les détails. Nous n’avons jamais eu de nouvelles…"
– François Plante


Partagez cette page

Ajouter un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Requis
Requis (ne sera pas publié)
Optionnel