Son groupe en jachère, le percussionniste Julien Sagot tire de bien différentes flèches de son carquois de solitaire. Mais sur scène, il retrouve un territoire familier où il occupe une nouvelle position. Le centre.

Julien Sagot se penche sur son café, ses Ray-Ban bleues sur le nez, rayonnant dans les lueurs pâles d’un dimanche matin de septembre. "Je suis content de faire de la scène avec le disque. J’aime le stage, déconstruire les chansons, les faire vivre autrement", s’enthousiasme-t-il d’emblée.

Tandis que son comparse de Karkwa, Louis-Jean Cormier, s’apprête à lancer son premier album, Sagot, qui l’a précédé à la ligne de départ, amorce le hiatus du groupe en transposant pour les planches les inquiétantes volutes sonores de son premier essai solo, Piano mal.

"Ce sont des chansons que je voulais comme un rêve", expose le percussionniste qui, ici, joue aussi du piano, de la guitare classique, et passe sa voix, qui parle plus qu’elle ne chante, à travers des filtres qui la trafiquent parfois jusqu’à saturation. "Je voulais que ce soient des univers étranges, et que les textes, qui sont parfois déroutants, puissent nous amener d’un lieu à l’autre dans une même chanson."

Côté sens, l’effet est réussi, et comme dans un songe où une porte mène sur un autre univers et où le décor se dérobe lorsqu’on a le dos tourné, les chansons de Sagot ressemblent à de troublantes poupées gigognes. Pour l’oreille, c’est aussi une affaire de décor, de paysages qui alignent autant les fins du monde de musiques concrètes, la joliesse de motifs répétés à la manière d’un trip-hop organique et d’indéniables accointances avec le délire graveleux d’un Tom Waits et le très narratif Cargo culte d’un Gainsboug.

Sur scène, Sagot s’amuse encore à dérouter, à envoyer promener l’auditeur, mais surtout les musiciens qui l’accompagnent.

"La dynamique est complètement différente, se réjouit-il. Avec Karkwa, les choses sont réglées au quart de tour, et du début à la fin, les structures des chansons sont préétablies. Là, j’essaie de nouvelles choses, et je lance volontairement des peaux de banane sur scène pour voir si quelqu’un va glisser dessus. J’aime me mettre en danger, provoquer une certaine instabilité, des surprises."

"Ce sont des chansons très ouvertes, qui permettent justement ce genre de trip, poursuit-il. Dans un groupe aussi créatif que Karkwa, c’est normal: dès qu’on jette les bases d’une chanson, tout le monde a une idée à ajouter, et à la fin, ça donne les pièces denses que tu connais. Et si j’aime beaucoup ce que nous faisons ensemble, là, je voulais donner de l’air aux chansons, faire respirer les structures, en mettre le moins possible."

Sagot lève les yeux, s’étale un sourire sur le visage. Les quelques spectacles récents l’ont rassuré, il prend ses aises, désormais au premier plan, au centre de la scène. Heureux qui, comme Ulysse, rentre chez lui. "Au début, je ne savais pas trop comment faire, mais j’ai vite appris à être frontman. Et j’aime ça! Et puis, je me sens tellement bien sur scène. Je me rends compte que je suis vraiment fait pour ça."

Le 13 septembre
Au Théâtre Petit Champlain

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