Les Trois Accords esquissent des réponses sérieuses à des questions que personne ne se pose. Entretien avec Simon Proulx, chanteur et penseur derrière J’aime ta grand-mère.

Nos lecteurs amateurs de hip-hop savent sans doute à quel point les vannes au sujet de la mère d’un ennemi pullulent dans les textes de plusieurs rimeurs (l’objectif étant habituellement d’insulter un adversaire en lui rappelant avoir déjà connu bibliquement sa génitrice). Les Trois Accords verseraient-ils dans pareille puérile vulgarité, se demandaient ainsi, inquiets, certains fans du groupe l’automne dernier, à l’aube de la parution de son quatrième album, J’aime ta grand-mère. «Je voulais exploiter cette idée de l’amour entre un jeune homme et la grand-mère de son meilleur ami en collant le temps d’une chanson au point de vue du gars, en tentant d’expliquer de manière logique pourquoi fréquenter une femme plus âgée est une bonne idée à ses yeux», raconte le chanteur au cœur tendre Simon Proulx, qui a finalement très peu en commun avec le rappeur moyen. «Je voulais fouiller cette idée bizarre, la décortiquer en la prenant au sérieux. À mi-parcours dans la création, nous nous sommes rendu compte que le thème de l’amour intergénérationnel traversait tout le disque.»

Les Trois Accords auront su sublimer un sujet saugrenu en authentique déclaration d’amour, une des plus attendrissantes pièces de tout le catalogue du quatuor de Drummondville, qui sur ce nouvel album tourne presque complètement le dos à l’écriture opaque, presque dadaïste, de ses premières élucubrations pour s’investir dans le storytelling. Storytelling toujours barjot, certes, mais storytelling quand même. «On a commencé en faisant beaucoup d’écriture automatique. On avait un flash, puis on tentait de lui donner une forme ensuite. Au fur et à mesure qu’on avance, je travaille plus le texte à partir de la base. J’aime ta grand-mère, ce n’est pas de l’écriture automatique, c’est une véritable réflexion.»

Simon, ainsi que ses collègues Alexandre Parr (guitare), Pierre-Luc Boisvert (basse) et Charles Dubreuil (batterie), poursuivent leur travail de diversification des sonorités débuté sur Dans mon corps en envoyant un coup de chapeau inspiré à Joy Division sur Bamboula et en assimilant différentes influences (Vampire Weekend, Arcade Fire) sans jamais pourtant que leurs morceaux ne puissent être pris pour autre chose que des morceaux des Trois Accords. À quoi tient cette signature sans pareil? «J’ai l’impression que ça se joue beaucoup dans les mélodies. La théorie la plus plausible, c’est que comme je ne suis pas capable d’écrire la musique et que je n’ai pas une bonne mémoire, les tounes dont je finis par me souvenir sont celles qui restent le plus facilement en tête.»

À l’aube de quelques concerts québécois et d’un séjour en France, Proulx, qui selon le discours officiel que tient le groupe fréquenterait la charmante mamie au cardigan rouge figurant sur la pochette de l’album, prodigue de précieux conseils aux jeunes courtisans qui aimeraient eux aussi savourer les douceurs d’un amour au goût de paparmane. «Il faut d’abord que tu côtoies la grand-mère de manière futile, tu peux par exemple aller boire le thé en sa compagnie, avant de subtilement essayer de la charmer. Il faut être subtil.» On note.


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