Avec Lucidité passagère, Martin Thibaudeau fait sentir ses influences sans trouver sa voix.

Soyons clair, Lucidité passagère, la nouvelle production du Théâtre de la zone grise, est un exemple canonique de dramaturgie miroir. La pièce de Martin Thibaudeau est écrite à propos, par et pour des trentenaires. Mise en scène par Patrice Coquereau, cette histoire d’éternels adolescents en mal d’amour, en perte de repères et en quête d’identité… est tout sauf originale.

Mais le vrai problème n’est pas là. Le véritable ennui, c’est que la pièce est désespérément simpliste, réductrice. Si on la compare à nos vies, aux aventures de nos amis, aux aspirations de nos contemporains, aux espoirs des hommes et des femmes qui nous entourent et qui ont aujourd’hui 30 ans, elle est d’une absence quasi totale de substance. Dans ce vaudeville cousu de fil blanc, on perçoit sans nul doute les inspirations – cinématographiques et télévisuelles – de l’auteur: American Beauty de Sam Mendes, Short Cuts de Robert Altman, La Vie, la vie de Bourguignon et Sauvé… Mais créer une vraie galerie de personnages et en faire des individus complexes et attachants, ça ne se fait pas en criant ciseaux. On parle de ce spectacle comme d’une refonte de celui présenté à la Balustrade du Monument-National en 2006. Les quatre courtes pièces de la version initiale auraient été morcelées et les fragments, soigneusement intercalés. Au final, le procédé, loin d’être transcendant, donne droit à des changements de décor beaucoup trop fréquents, un supplice que la mise en scène aurait dû nous épargner. On ne le répétera jamais assez: on ne fait pas du théâtre comme on fait de la télévision.

Pour la plupart, les acteurs ont bien peu à jouer. Martin Thibaudeau s’est offert le personnage du poète, incompris par son milieu et sa société. Il l’incarne décemment. Emmanuel Bilodeau est juste, mais il a si peu à se mettre sous la dent qu’on se demande ce qu’il est allé faire dans cette galère. Geneviève Brouillette, Nico Gagnon, Vincent Leclerc et Maxim Morin sont aussi mal servis. Heureusement, Catherine-Anne Toupin et Marie Turgeon parviennent à donner à leurs personnages de la fibre, des nuances, une humanité à laquelle on ne croyait plus.

La peur du vide Critique par - 2007-12-06
Cote: 2


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