Martin Faucher dirige l’équipe de la Banquette arrière dans Autobahn, une suite de huis clos automobiles signés Neil LaBute.

Après Serge Denoncourt, Patrice Dubois et Claude Poissant, c’est au tour de Martin Faucher de prendre la tête de la dynamique équipe du Théâtre de la Banquette arrière. Après l’Italien Carlo Goldoni, l’États-Unien Christopher Durang et le Québécois Mathieu Gosselin, les membres de la compagnie s’intéressent cette fois à Neil LaBute, un dramaturge états-unien mieux connu pour ses réalisations cinématographiques.

Intitulée Autobahn, d’après le nom qu’on donne aux autoroutes allemandes sans limite de vitesse, la pièce écrite en 2005 est une suite de tableaux où l’humour noir côtoie le drame. Grinçantes et superbement traduites par Fanny Britt, les scènes de longueurs diverses se déroulent toutes dans une voiture, symbole par excellence de l’Amérique. Avouons-le, pour le Théâtre de la Banquette arrière, le matériau était tout désigné!

Quand Martin Faucher a lu la pièce, l’engouement a été immédiat. "Tout de suite j’ai été passionné par ces univers autonomes et aseptisés. Au fond, l’intérieur d’une voiture, c’est une métaphore de l’espace mental. Plus on travaille sur le spectacle et plus ma première impression se confirme. Il s’agit vraiment ici de mettre les conversations, les joutes oratoires, au premier plan. Neil LaBute est un dialoguiste extraordinaire. La psychologie de ses personnages est aussi importante que la musique de ses mots. Travailler son texte, trouver le rythme adéquat, c’est un peu comme faire de la microchirurgie."

Avec Amélie Bonenfant, Anne-Élizabeth Bossé, Rose-Maïté Erkoreka, Mathieu Gosselin, Renaud Lacelle-Bourdon, Anne-Marie Levasseur, Éric Paulhus et Simon Rousseau, le metteur en scène est donc amené à travailler la puissance des mots, mais aussi leur faiblesse pour traduire les émotions. "Chez les personnages, il y a une inadéquation entre ce qui est ressenti et ce qui est exprimé. Souvent, tout est dans la manière de leurrer l’autre en disant exactement l’opposé de ce qu’on ressent." Ainsi, dans chacune des sept situations croquées par LaBute, il y a deux personnages qui ne peuvent échapper à leur véhicule. Entre eux, des conversations malsaines, des dialogues verbaux et physiques truffés de non-dits.

SEPT VOITURES

Notamment au menu du spectacle: un rendez-vous galant angoissant, un kidnapping déguisé en voyage à la campagne, une mission de reconnaissance impliquant la rescousse d’un Nintendo 64 et un retour à la maison, celui d’une jeune femme à peine sortie d’un centre de désintoxication. "Ce sont sept situations très différentes, des états de crise qui permettent de s’interroger sur l’Amérique, explique celui qui montait un peu plus tôt cette année Une maison propre, une pièce de Sarah Ruhl présentée par le Théâtre de l’Opsis dans un programme intitulé Familles made in USA. Par le plus grand des hasards, je me suis confronté, dans la même saison, à deux univers américains, alors que ce n’est pas dans mon répertoire habituel. Il y a chaque fois beaucoup de choses comiques, mais surtout beaucoup d’angoisse et de malaise." Le moins que l’on puisse dire, c’est que le metteur en scène trouve ses repères dans cette dramaturgie qu’il a jusqu’ici peu fréquentée.

Si l’écriture de LaBute est virtuose, elle est aussi vertigineuse pour le spectateur. "On prend les personnages dans un quinze minutes de leur vie, explique Faucher. Par conséquent, beaucoup de choses demeurent mystérieuses. Malgré cela, c’est fou ce que LaBute arrive à inscrire dans des scènes qui font entre 6 et 20 minutes. On peut entrevoir la vie des personnages, leur passé, leur présent et leur futur possible…"

Du 8 avril au 3 mai
À La Licorne
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NEIL LABUTE

Né à Détroit en 1963, Neil LaBute a amorcé sa carrière en tant qu’auteur de théâtre avant de scénariser et réaliser ses propres films. Le ton léger et humoristique de ses pièces, qui commencent à peine à être montées chez nous, tranche avec ce qui les sous-tend: une féroce dénonciation des supercheries de la société contemporaine. Son théâtre est souvent qualifié de corrosif et d’anticonformiste. La critique reconnaît en lui un digne successeur de David Mamet, Sam Shepard et Edward Albee. Son premier long métrage, In the Company of Men, lui vaut plusieurs récompenses internationales. Ses personnages d’une grande véracité (qui ont été interprétés par des comédiens tels Aaron Eckhart, Nicolas Cage, Ben Stiller, Sigourney Weaver et Renee Zellweger) font preuve d’un cynisme décapant. On lui doit également les films Your Friends & Neighbors, Nurse Betty, The Shape of Things et The Wicker Man.


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