Avec Autobahn, le Théâtre de la Banquette arrière nous entraîne sans retenue dans les failles de l’Amérique.

Avec Autobahn, une suite de huis clos automobiles sans temps morts, le Théâtre de la Banquette arrière (dont Sophie Cadieux et Éric Paulhus assurent la direction artistique) nous entraîne, plus encore qu’avec ses précédentes productions, dans les failles de l’Amérique. Au menu de la pièce de Neil LaBute, traduite avec une finesse indéniable par Fanny Britt, on trouve inceste, toxicomanie et violence, mais aussi rupture, adultère et désaccords amoureux.

La voiture agit ici comme une chambre d’isolement, un lieu que les 14 protagonistes ne peuvent tout simplement pas fuir. Mais le véritable fil conducteur de la représentation est ailleurs. Ce qui sévit cruellement dans les sept "côte-à-côte" de la pièce, c’est l’incommunicabilité, la faillite du langage, la tragédie quotidienne de la communication. Quand ils ne sont pas carrément terrés dans le mutisme, ces hommes et ces femmes cherchent le mot juste, la formule adéquate, le terme approprié… Exprimer ce qu’ils ressentent devient alors une quête, un véritable combat auquel on ne peut être qu’empathique.

Martin Faucher se saisit avec beaucoup de doigté de cette matière fragmentaire, conférant à la représentation une unité qui ne rime jamais avec monotonie. Avec la complicité de Jean-François Pednô (son), Jonas Veroff Bouchard (scénographie) et Étienne Boucher (éclairages), le metteur en scène pousse ses acteurs dans le box des accusés. Sur scène, une multitude de phares inquisiteurs sont braqués sur deux sièges de voiture surélevés. Si l’installation impose un statisme qui pourrait en rebuter certains, elle force aussi à jouer dans un souci du détail, une minutie que Faucher pratique admirablement.

Pour imposer leurs personnages aux classes sociales et aux âges divers, les comédiens ont un sérieux coup de pouce de Marc Sénécal (costumes) et Suzanne Trépanier (maquillages et coiffures). Alors qu’Amélie Bonenfant, Anne-Élizabeth Bossé, Renaud Lacelle-Bourdon, Mathieu Gosselin, Anne-Marie Levasseur, Éric Paulhus et Simon Rousseau font très bonne figure, Rose-Maïté Erkoreka, un secret trop bien gardé, offre les moments les plus drôles et les plus poignants de la représentation.

Jusqu’au 3 mai
À La Licorne
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À voir si vous aimez /
Le cinéma états-unien indépendant, le théâtre de David Mamet, Sam Shepard et Edward Albee

Les mots pour le dire Critique par - 2008-04-17
Cote: 3.5


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