Avec L’Araignée, l’auteure Amélie Hébert et le metteur en scène Patrice Tremblay font entendre les voix de femmes meurtries.

Voilà un texte qui bouscule. D’abord par ses thèmes. L’Araignée nous replonge avec joie dans un récit familial fataliste où trois générations de pauvres femmes vendent leur cul et saoulent leur âme, comme si leur triste histoire devait inlassablement se répéter. La production du Théâtre Camera Obscura est une tragédie québécoise comme bien d’autres, un univers qui rappelle inévitablement celui de Michel Tremblay.

Amélie Hébert a très certainement voulu que sa pièce s’inscrive dans cette tradition dramaturgique et souligne les traces du passé théâtral québécois, et c’est tant mieux ainsi. Mais il y a aussi chez elle un espoir lumineux, porté par le personnage de Pyrale, la dernière-née de cette triade. Déterminée à briser le cycle, elle fera tout pour réveiller sa mère Mora, qui l’abandonne peu à peu, comme l’avait fait sa propre mère, Mygale, dont le fantôme bienveillant rôde toujours dans leur minable appartement. Et Pyrale trouvera refuge dans le rêve, aidée en cela par Gonzague, un peintre raté qui s’invente un monde meilleur pour oublier ses échecs et ses maux d’amour.

L’Araignée bouscule aussi par sa langue. Crue, joualisante, mais aussi imagée, réinventée et reconstruite, elle séduit autant qu’elle questionne. Hébert s’amuse à conjuguer des noms communs, se joue des suffixes et des préfixes, use de répétitions et de télescopages pour mieux dire les souffrances et les rêves de ces personnages blessés. Le résultat est une langue musicale et fantasmatique, pleine de sens et de double sens, mais aussi un peu éparse et surchargée, comme anéantie sous des couches et des couches de superflu qui nous empêchent par moments d’en savourer la grâce et l’inventivité.

Dans un décor hybride où l’on distingue à la fois l’appartement et le bar de danseuses (scénographie efficace de Sylvain Ratelle), les acteurs parlent dru et se changent à vue: pas de place pour les coulisses ou les faux-semblants dans cet univers. Un choix judicieux de la part du metteur en scène Patrice Tremblay parce qu’il renforce la crudité du texte et le sentiment d’emprisonnement. Mais si Sabrina Bisson (Mygale) et Sarah Gravel (Mora) font de crédibles stripteaseuses, le jeu de l’ensemble de la distribution est souvent hésitant et retenu. Le texte offre pourtant des scènes explosives, que seul Étienne Jacques, dans le rôle du brutal copain de Mora, rend vraiment paroxystiques.

De mère en fille Critique par - 2008-09-18
Cote: 3


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