Entre Pinter et Gauvreau, le Théâtre du Nouveau Monde glisse sa petite douceur de la saison, Le Mariage de Figaro.

Après Feydeau et Jarry, Normand Chouinard, dont on célébrait l’autre soir les 40 ans de métier, se mesure à Beaumarchais. Pour les comédiens et comédiennes que le metteur en scène a réunis, Le Mariage de Figaro constitue une occasion en or de faire voir l’étendue de leur talent. Heureusement pour nous, la chance est saisie avec dynamisme, mais aussi avec dosage.

On dit souvent que le second volet de la trilogie consacrée par Beaumarchais à la famille Almaviva, une comédie en cinq actes créée en 1784, préfigure la Révolution française. Effectivement, la pièce, en donnant la parole aux classes opprimées, à leurs revendications, n’est pas dénuée de contenu politique. Mais il faut tout de même admettre qu’elle a plus à voir avec les pétaradants déboires sentimentaux de L’Hôtel du libre-échange qu’avec la redoutable satire politique d’Ubu roi. À vrai dire, pour monter cette pièce en 2009, il n’est probablement pas d’autres raisons que de chercher à divertir ses contemporains.

En effet, pour oublier nos petits et nos grands soucis, comme les affres d’une crise économique, par exemple, on ne peut espérer mieux. Il est tout simplement impossible de s’ennuyer devant un tel déploiement de quiproquos, de tromperies, de travestissements et de dissimulations. De ces êtres livrés à leurs passions, de leurs badinages pleins d’esprit, du ressort avec lequel ils s’extirpent des "pires" situations, on rit beaucoup, et de bon coeur.

En Figaro, Emmanuel Bilodeau est particulièrement leste, de corps aussi bien que d’esprit. Comme l’ensemble de la distribution, il se tient loin du cabotinage, principal écueil de ce genre de spectacle. Dans les habits de la Comtesse, Violette Chauveau est irrésistible. À ce personnage qu’elle devait un jour ou l’autre incarner, elle donne autant de vivacité que de naïveté. La Suzanne de Bénédicte Décary est pétillante, habitée d’une admirable détermination. Dans la peau du Comte, Normand D’Amour est souple et libidineux à souhait. Louise Turcot et Gilles Renaud composent un tandem délicieusement fêlé. Et que dire d’Éric Paulhus, un Chérubin désopilant.

Mais la plus belle idée de cette production, c’est d’avoir imaginé que Mozart soit témoin comme nous de cette folle journée. Sur scène, coiffé de la perruque de Wolfgang Amadeus, le musicien Yves Morin fait mine de composer Les Noces de Figaro. Sa musique, qui fait chanter les personnages, en français, soulève le spectacle, lui donne des airs d’opérette. Allez donc résister à ça!

Les feux de l'amour Critique par Voir - . Cote: 3

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