Dans Tout est encore possible, nouveau texte de Lise Vaillancourt créé par Les Deux Mondes et son metteur en scène Daniel Meilleur, le fantastique se conjugue tout naturellement au réel. Conversation sur l’impossibilité du monde.

Elle fut de l’aventure du Théâtre Expérimental des Femmes et a dirigé quelques institutions avant de devenir présidente du Centre des auteurs dramatiques (CEAD). Pourtant, en tant qu’auteure, Lise Vaillancourt ne jouit que d’une discrète estime de ses pairs et ne fait pas grand bruit. Elle en est fort consciente. Au CEAD, elle peut mesurer "la place de l’auteur dans l’espace public". "Écrire, n’est-ce pas tisser un lien indéfectible avec sa société? C’est une question qui me taraude mais j’ai l’impression qu’elle ne préoccupe pas tant que ça les auteurs dramatiques québécois."

Rassurez-vous, elle n’a pas la prétention de faire mieux. Elle ne sait pas si cette préoccupation d’arrimer le théâtre à la société transparaît vraiment dans son écriture. Mais en intégrant par petites touches des éléments surnaturels à ses intrigues, elle dit ne parler que du monde réel. "Pour moi, mettre sur scène des situations impossibles à croire, c’est refléter le quotidien. En regardant autour de moi, j’ai l’impression qu’on est dans une situation impossible, qu’on cherche tous comment reprendre notre souffle, comment ne pas perdre notre liberté, comment ne pas se laisser séparer de soi-même."

Le surnaturel chez Lise Vaillancourt s’exprime parfois par le recours à la mythologie, comme dans Les Exilés de la lumière (vu l’an dernier à Espace Libre), mais parfois de manière plus sournoise, comme dans ce nouveau texte dans lequel elle a surtout travaillé le monologue. Trois personnages, une femme ayant une bosse au sein, un Médecin sans frontières et un Congolais se faisant psychanalyser à Montréal, s’adressent à un interlocuteur qu’on ne voit pas. "Pour moi, dit-elle, le théâtre commence quand un personnage vient nous raconter une situation bouleversante. On ne sait pas s’il y laissera sa peau ou s’il réussira à poursuivre sa route."

Au coeur du trouble de ces personnages, il y a l’Afrique, continent inexplicable, et la figure de la Mère, à la fois matrice universelle et génitrice inoubliable. Car ce texte, inconsciemment, a surgi des souvenirs d’un voyage au Congo dans les années 90. Vaillancourt y était avec Daniel Meilleur et Michel Robidoux (respectivement metteur en scène et concepteur sonore des Deux Mondes). "Je n’ai pas compris l’Afrique, continent complexe et fascinant. Dans la pièce, c’est à la fois un arrière-fond politique et un arrière-fond mythique. Je surfe un peu sur l’idée que l’Afrique est le berceau de l’humanité, et je traite à travers mes personnages d’une peine originelle – par rapport à la Mère. Une peine qui ne trouve pas de consolation."

Auprès de Louise Bombardier, Émile Proulx-Cloutier et Widemir Normil, l’auteure viendra jouer à la fin de la pièce un personnage-surprise, une mère, justement. Elle n’a pas mis les pieds sur scène depuis 24 ans, et se réjouit de retrouver la salle de répétition, "ce lieu de santé". Et le bouquet, c’est que le metteur en scène a acquiescé à sa demande de jouer cette pièce sur un plateau presque nu, rompant avec l’esthétique multimédia qu’il travaille depuis plusieurs années.


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