Dans le stationnement souterrain du Marché Jean-Talon, Geneviève L. Blais met en scène Judith, d’Howard Barker, avec un rare doigté.

Pour assouvir sa soif de paradoxes, Geneviève L. Blais, directrice du Théâtre à corps perdus, ne pouvait imaginer mieux que le texte d’Howard Barker. Après Blanche-Neige, la princesse, et Gertrude, la reine du Danemark, mère d’Hamlet, le dramaturge britannique s’attaque à une autre grande figure féminine, biblique celle-là. Judith, c’est la jeune veuve de Béthulie, celle qui, pour sauver sa ville assiégée par l’armée syrienne, va se rendre dans le camp ennemi, séduire le général Holopherne et le décapiter pendant son sommeil.

Lorsqu’il s’agit de redonner vie à des personnages relativement délaissés ou incompris, des humains magnifiquement monstrueux, lorsqu’il s’agit de les dépoussiérer, de les relire en profondeur, d’ancrer leurs contradictions dans celles de notre époque, d’exprimer leur saisissante complexité, Barker n’a pas son pareil. On se délecte dans Judith (l’adieu au corps) de la verve des personnages, de leur franc-parler, de leur langue à la fois ample et directe, sublime et grotesque. Chapeau à Maryse Warda pour la savoureuse traduction!

Bravo aussi à la metteure en scène pour avoir épousé les enjeux du texte sans forcer le trait. L’affrontement entre Holopherne et Judith est rien de moins que captivant, physique et idéologique, sensuel et morbide. Dans l’antre du général, un refuge de béton, de tapis et de voiles, ingénieusement campé dans le stationnement souterrain du Marché Jean-Talon, on assiste à un face-à-face pas banal, un déploiement de mensonges terrifiants et de vérités plus grandes que nature, une rencontre au sommet, un débat féroce auquel on se sent privilégié d’avoir accès.

Pierre-Antoine Lasnier est habité d’une énergie violente et pourtant contrôlée qui sert parfaitement son personnage. En Judith, tour à tour femme fatale et femme-enfant, évoquant Salomé et Mata Hari, la glace et le feu, le maître et l’esclave, Catherine De Léan trouve sans nul doute son plus beau rôle au théâtre. Dans l’emploi de la suivante, un personnage aussi sage qu’insolent, tout sauf accessoire, Élisabeth Chouvalidzé est particulièrement truculente.

Corps et armes Critique par Voir - . Cote: 3.5

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